Simone Veil, pionnière en tout | Les Quotidiennes

08/01/2009 18:45
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Simone Veil, pionnière en tout

| 19:00  Après avoir publié son autobiographie, "Une Vie" il ne lui restait plus qu'à devenir Immortelle. C'est chose faite. Plus que jamais, Simone Veil reste un modèle pour les femmes. Inventaire de tout ce qu'on lui doit.




Simone Veil est devenue Immortelle le 20 novembre 2008 (AFP)


MARIE-CLAUDE MARTIN | 20-11-2008 | 19:00

Elle est une des dernières survivantes de la Shoah, dont elle entretient la mémoire sans toutefois la fétichiser. Simone Veil n'a ni le culte du malheur, ni celui de la vengeance. Même si les nazis, à qui «elle ne pardonnera jamais», lui ont enlevé son père, son frère et sa mère adorée, la rescapée d'Auschwitz a très vite plaidé la réconciliation franco-allemande, socle d'une Europe forte et unie.

 

Détestation de la promiscuité Dans son autobiographie, Une Vie, l'ancienne ministre française revient sur la déportation, les humiliations de la guerre et la barbarie d'un système fondé sur la négation de toute dignité humaine. Elle en avait déjà parlé, mais ne l'avait encore pas écrit. De ces années-là, elle a conservé une détestation de la promiscuité et une défiance à l'égard de toute forme d'idéologie.

 

Les autres chapitres de son autobiographie sont plus légers: solaires quand elle évoque son enfance, assez piquants lorsqu'elle revient sur ses trente ans de carrière politique. Au fil des pages, se dessine le portrait d'une femme de caractère. Indépendante au point d'être souvent combattue par son propre camp. Emotive malgré son goût des arguments raisonnés. Optimiste mais sans illusions sur la nature humaine. Anticonformiste bien que modérée. Courageuse, tranchante, narquoise vis-à-vis des honneurs, des flatteries, des coteries, et toujours habitée par le manque de sa mère.

 

Entre Marie Curie et Jeanne d'Arc
Plusieurs fois ministre, première présidente du Parlement européen, féministe empirique, Simone Veil reste, à 81 ans, et désormais Immortelle, la plus populaire des figures politiques. Dans le panthéon des femmes les plus marquantes de l'histoire française, elle vient juste après Marie Curie et Jeanne d'Arc. Fait notable: contrairement à la plupart de ses confrères, l'exercice du pouvoir n'a jamais altéré son image. Au contraire. Par ses actes autant que par son charisme, elle force l'admiration. Six raisons de l'aimer et de lui dire merci, même si on n'est pas Française.

 

La contraception libre: C'est en 1967 que la France autorise la pilule contraceptive, mais c'est en 1974, sous son impulsion, qu'elle est remboursée par la Sécurité sociale. Simone Veil se souvient: «Le débat autour de la contraception perturbait bien davantage les hommes que la question de l'avortement. Avec la pilule, la femme acquérait de l'indépendance, devenait maîtresse de la procréation, programmatrice de la naissance sans même que l'homme le sache.»

 

La libéralisation de l'avortement : Le 29 novembre 1974, à 3h40 du matin, après trois jours de débats houleux et télévisés, Simone Veil, alors ministre de la Santé sous Giscard d'Estaing, a gagné: son projet légalisant l'interruption volontaire de grossesse (IVG) est voté par l'Assemblée nationale, grâce à la gauche qui lui est acquise. Rarement un texte aura suscité autant d'insultes antisémites, de violence et de haine. On dit qu'elle a pleuré à l'issue de ce marathon. Elle nie et évoque la fatigue.

 

Son féminisme pragmatique: Elle n'aime pas les théories, et c'est la vie, dit-elle, qui l'a rendue féministe. Militante de la parité, quitte à en passer par les quotas, elle croit néanmoins à la différence entre hommes et femmes, à leur complémentarité, mais refuse que cette différence conduise à la supériorité du modèle masculin. «Bien des choses que la vie m'a données, je les ai eues parce que j'étais une femme – il fallait en nommer une quelque part, j'étais connue, on se tournait vers moi… De tout cela je me sens redevable envers toutes les femmes.»

 

Son affranchissement intellectuel: Face à un père jugé trop autoritaire, la petite Simone Jacob apprend à dire non. C'est la clé de son succès, le secret de son indépendance politique: «Je commence toujours par m'opposer, c'est ainsi. Pas pour contrarier, mais pour forcer à explorer d'autres voies. Je ne prends rien comme allant de soi.»

 

Sa façon de vieillir : Elle a toujours été belle, Simone Veil. Enfant, jeune fille, jeune femme, femme mûre et maintenant octogénaire. Sa beauté est atypique car elle n'a rien à voir avec la jeunesse. D'où vient ce rayonnement, cette lumière dans le regard et cette lucidité non cynique dans le sourire? D'une certaine idée de la dignité, non exempte d'une certaine coquetterie.

 

Sa liberté acquise grâce au travail: «Quand je me suis mariée, j'ai dit à mon époux que je travaillerais, et que ce choix n'était pas négociable. J'ai commencé à travailler dans la magistrature alors que le troisième de mes fils avait 3 semaines.»

A lire: Une Vie, de Simone Veil, Ed. Stock.


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