"J'échange l'un de mes reins contre un contrat de travail fixe"
EMPLOI | 11:01 C'est un Français de 40 ans, en recherche de stabilité, qui a déposé cette annonce. La santé sera-t-elle bientôt un capital à négocier contre d'autres services?
MCM | 20-08-2008 | 11:01
L'affaire ne se déroule ni en Inde, ni au Brésil, mais en France, à Agen plus exactement.
Un homme de 40 ans, Eric Dalle-tezze, n'en peut plus de sa précarité qu'il endure depuis 1995. Père d'une fillette de 9 ans dont il a la garde alternée, il est prêt à tout pour être au bénéfice d'un contrat de travail illimité, y compris à donner un de ses reins.
Illégal donneur
Par cette annonce, le mécanicien de maintenance industrielle, également électricien, entend alerter les pouvoirs publics, susciter des réactions, quitte à se mettre hors-la-loi.
Oui, hors-la-loi puisque selon la législation française, un donneur vivant de peut céder ses organes qu'à un proche ou à un receveur avec qui il a vécu au moins deux ans. Pour en savoir plus, cliquez ici.
La santé, un capital
Ce fait divers appelle plusieurs questions inédites: la santé est-elle en train de devenir un capital à négocier? Sera-t-elle la monnaie des plus pauvres? Le corps est-il envisageable comme une voiture, dont on échange les pièces au gré du marché? Peut-on fixer le prix des organes? Et vous, qu'en pensez-vous?
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Beaucoup de fantasmes aussi
A quand un Téléachat où nous pourrons commander nos organes?
Le corps en kit
Cet article m'effraie mais ne m'étonne pas. Je me souviens d'un film de Stephen Frears, en 2002, "Dirty Pretty Things" qui évoquait les trafics d'organes opéré parmi les sans papiers à Londres. Cette économie parallèle va aller en s'accroissant malgré les recommandations de l'OMS ou des Etats. Car c'est un trafic où donneur et receveur sont gagnants - si j'ose le dire ainsi.
On parle des robots qui s'humanisent, voir Wall_e, à l'inverse le corps humain devient de plus ne plus utilitaire, fonctionnel, un corps-machine dont on répare les méfaits comme on monte sa bibliothèque Ikéa.
J'échange un rein
C'est un cri de détresse qui fait froid dans le dos car on voit se profiler le trafic d'organes. On imagine cette humanité coupée en deux, où les pauvres ne peuvent survivre qu'en vendant aux riches leurs organes sains, au risque de leur vie.
L'appel de ce Monsieur ne peut être entendu dans notre pays qui précise bien que le don d'organes relève de la gratuité et non d'un commerce ou d'un échange de services, mais son appel fait office de symptôme et prélude à la médecine à deux vitesses qui nous attend.
au bord du suicide
Cet homme acculé présente un geste de désespoir.
Avant de considérer les conséquences de son geste, j'essaie d'en sentir ses dimensions. J'ai l'impression qu'à défaut de se suicider, il offre de suicider une parcelle de lui-même, un organe précieux. Il se présente ainsi dans une position sacrificielle. Il estime faire un troc mais en fait, il ne sait pas du tout ce qui l'attend. Il lui reste tout de même la notion que ses organes ont de la valeur.
Par l'entièreté de sa démarche, il interpelle la société d'aujourd'hui. Que signifie le corps?
A considérer notre système de médecine de base, nous en arrivons aussi à croire que notre santé se réduit à différents mécanismes auxquels des prestations clairement codifiées vont répondre.
D'autre part, le corps est très souvent considéré de l'extérieur par l'apparence qu'il faut à tout prix embellir, quitte à s'injecter des produits toxiques ou à recevoir des coups de bistouri.
Quant aux organes intérieurs, on cherche trop souvent non pas à comprendre leurs signaux mais à les faire taire. Ainsi le corps devient une marchandise à manipuler, ce que nous montre Eric Dalle-Tezze.
pour pouvoir plus vite assumer ses occupations