Le sexe au féminin sur papier glacé, le nouveau créneau | Les Quotidiennes

20/11/2008 10:17
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Le sexe au féminin sur papier glacé, le nouveau créneau

KIOSQUE | 17:21  Trois magazines entièrement consacrés à la sexualité féminine sont sortis de presse en moins d'un an. Révélateurs d'une vraie libération des moeurs? Un sexologue commente ces nouveaux produits.




Trois nouveaux titres pour un marché en pleine expansion.


Sandra Weber | 01-02-2008 | 17:21


Lancé en février 2007,
S'Toys
, annonce la couleur en offrant un sextoy à ses lectrices. Une première. «C'est la spécificité du magazine, explique Manuel Hommel, éditeur et directeur de la publication. Nous sommes le magazine féminin le plus cher (n.d.r.l. vendu 14 francs en Suisse), mais cela reste meilleur marché que le prix du même sextoy dans le commerce.»

 

«Ce sextoy de mauvaise qualité fait très gadget», commente le sexologue Alain Curel. Pour lui, les vibromasseurs peuvent aider les femmes à explorer leur corps et découvrir des sensations. «Mais ce n'est pas la manière la plus épanouissante pour une femme de vivre la sexualité, qui risque d'être ramenée à un acte technique.»

 

Le magazine fait une large place à la publicité pour d'autres sextoys. «Je me demande si ce n'est pas fait pour les hommes qui voudraient pimenter leur vie de couple, poursuite le sexologue. Les photos sont clairement suggestives, faites pour les hommes.» D'où sa question: «Les femmes ont-elles d'elles-mêmes envie d'un jouet érotique? Ou les achètent-elles uniquement pour répondre au fantasme des hommes?»


Sensuelle: un bon point
«
Sensuelle

propose depuis six mois aux femmes des articles sérieux et approfondis sur leur sexualité, décrit la rédactrice en chef Mélanie Courtois. Nous voulons exprimer notre ras-le-bol face aux articles habituels qui ne parlent que de la recherche de performance et présentent des recettes pour faire plaisir aux hommes.»

 

Le titre de la revue intéresse Alain Curel. «La sensualité est le point faible des hommes en matière de sexualité. Je retrouve là une préoccupation typiquement féminine.» Le sexologue genevois trouve cette revue la plus «juste» des trois. «Elle ne laisse pas croire que la sexualité est régie par des principes de consommation.» Il note tout de même des clichés faits pour attirer l'oeil masculin, comme la «fessée érotique» ou le cours de strip-tease: «Sans doute pour mieux vendre!»

 


Calqué sur le désir masculin

Les Juliettes

sont sorties de presse il y a un mois, créées par Claire Delagrange. Le magazine est articulé autour des témoignages de quatre jeunes femmes au sujet de leur sexualité: la féline, la fidèle, l'aventurière et la perverse. «Le langage est très cru. Lorsqu'elles sont entre femmes, c'est comme ça qu'elles parlent de sexe», souligne la rédactrice en chef.«Il n'est pas nouveau que des femmes discutent de sexe librement entre elles, note Alain Curel. Même si ça choque encore les hommes.»

 

La présentation des quatre femmes est caricaturale. Il en rit. «La perverse se décrit comme bénévole au secours catholique. C'est un peu désuet! On n'est pas loin de l'image de la soeur et du curé.» Arrivé à la dernière page, Alain Curel n'a pas l'impression d'avoir lu quoi que ce soit sur le plaisir féminin. «Je suis persuadé qu'elles jouent un rôle car elles ont compris que certains hommes n'attendent que ça. D'où le fait que les deux tiers des abonnés sont des hommes.»


Magazines dérangeants
S'il est critique sur le contenu, Alain Curel, salue la création de magazines consacrés à la sexualité féminine. «Ce n'est peut-être plus un tabou, mais il y a encore trop de réserve à ce sujet.» De nombreux gérants de kiosques rechignent d'ailleurs à placer S'Toys et Les Juliettes au rayon des magazines féminins, un problème souligné par les éditeurs. A la gare de Genève, ils sont volontairement mis en retrait, jugés choquants. Les magazines masculins dont certaines couvertures sont nettement plus crues sont pourtant bien en vue.

 

Pour Alain Curel, l'idée que des femmes puissent disposer d'un magazine traitant de leur sexualité n'est pas encore socialement acceptée. «Consciemment ou non, la majorité des hommes ne veulent pas que les femmes se libèrent sexuellement. Car cela signifie une perte de pouvoir pour eux. Et les femmes ne sont pas toutes prêtes à voire leur sexualité mise en évidence.»

 

A noter que si ces magazines présentent des photos suggestives, les modèles sont essentiellement des femmes. Bizarre pour un magazine féminin? «Ces images, à supposer qu'elles soient destinées aux femmes, sont faites pour leur suggérer des idées sur la façon de séduire les hommes. Il n'existe pas de revue féminine montrant des photos de charme d'hommes.»

 

A en croire le sexologue, dont la clientèle est essentiellement féminine, les éditeurs innovent mais ne se sont pas encore affranchis des clichés.


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