La France s’ouvre aux mères porteuses | Les Quotidiennes

20/11/2008 09:44
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La France s’ouvre aux mères porteuses

Moeurs | 09:18  Les sénateurs ont proposé de légaliser la «maternité pour autrui», admise dans d’autres pays. Leur projet limite et encadre strictement la pratique. En Suisse, la loi interdit cette pratique.




Porter l'enfant pour une autre: un tabou se lève en France. (Photo AFP)


Mathieu Van Berchem | 26-06-2008 | 09:18

C’est un tabou qui vacille. Un vieil interdit qui s’ébranle, dans un pays pas franchement réputé pour son avant-gardisme en matière de mœurs. Hier, le groupe de travail du Sénat sur la maternité pour autrui a proposé de légaliser la pratique des mères porteuses. Un coup d’œil sur internet suffit à mesurer l’attente.

 

Sur un forum du web, une jeune femme propose ses services: «Moi, je suis à la recherche d’un couple qui voudrait avoir un enfant, si je peux vous aider venez sur mon site.» Suivent une bonne centaine de réponses. Le prix n’est pas indiqué. On propose entre 15 000 et 20 000 euros.

 

Un lien réduit à la seule grossesse
«Nous recevons plusieurs appels par jour de couples désemparés», rapporte Laure Camborieux, docteur en neurologie et présidente de l’association Maia, qui aide les personnes confrontées à l’infertilité. L’initiative du Sénat? «C’est une étape très importante, elle reprend toutes nos idées en matière de gestation pour autrui.» Un terme que Laure Camborieux préfère à celui de «mères porteuses».

 

«Les expérimentations des années 1980 sont révolues. Il n’est plus question d’utiliser les ovocytes de la femme portant l’enfant.» D’ailleurs, les sénateurs l’écrivent noir sur blanc: la gestatrice portera l’embryon du couple, ou un embryon obtenu grâce à un don d’ovocytes. Le lien de l’enfant avec la «nounou» s’en trouvera réduit à la seule grossesse. Ce qui n’est tout de même pas rien.
«Les études, notamment celles menées au Royaume-Uni où la maternité pour autrui est légale depuis 1985, le montrent: quand la procédure est bien encadrée, elle satisfait tout le monde», note Laure Camborieux.

 

On accouche en cachette
Pour l’heure, le quotidien des couples en quête d’un «ventre» généreux est fait d’attente, de clandestinité, de longs séjours hors de France et de retours douloureux. On accouche en cachette, on tente de dissimuler l’identité de la mère à l’hôpital, on part outre-Manche, aux Etats-Unis ou en Grèce, où tout est légal. On en revient épuisé et souvent déçu: la France ne reconnaîtra pas la filiation maternelle. La proposition des sénateurs ne clôt pas le débat. La légalisation ouvrirait des perspectives inédites.

 

Et les homosexuels?
Les homosexuels peuvent-ils faire «porter» leur futur enfant? Qu’en est-il des femmes seules? Dans leur rapport, les parlementaires entendent limiter la gestation pour autrui aux hétérosexuels et excluent toute rémunération. Reste à convaincre la majorité parlementaire, plutôt conservatrice. Et les instances médicales.

 

«Tout le monde sait l’importance du lien qui se tisse pendant la grossesse entre la mère et l’enfant, note ainsi Xavier Lacroix, doyen de la Faculté de théologie de Lyon et membre du Comité national d’éthique. C’est ce qu’on appelle le processus d’attachement, sur lequel tous les psychologues s’accordent. On tremble donc à l’idée d’une grossesse sans attachement.»

 


Impossible en Suisse

«En Suisse, la loi sur la procréation assistée (LPA) est très restrictive», rappelle le gynécologue Pascal Mock, codirecteur du Centre de procréation médicalement assistée de la clinique des Grangettes, à Genève.

 

Cette législation, entrée en vigueur en 2001, ne prévoit pas la possibilité d’avoir recours à une mère porteuse. «Dans notre pays, le débat n’est pas à l’ordre du jour, poursuit le médecin genevois. Et c’est d’autant plus dommage que, dans une telle intervention, l’enfant est génétiquement celui du père et de la mère. Simplement, sa maman n’a plus d’utérus, alors que le projet de procréation est parfaitement légitime».

 

Les couples helvétiques qui veulent malgré tout utiliser cette technique se rendent aujourd’hui à l’étranger, aux Etats-Unis, notamment. De tels cas se comptent toutefois «sur les doigts d’une main», selon Pascal Mock.
Il faut dire que la volonté des éventuels parents se heurte à une barrière financière: une telle intervention coûte quelque 100 000 francs.

 

Aujourd’hui, la pratique des mères porteuses se développe en Europe de l’Est. Les coûts y sont moins importants mais, avertit notre médecin, les garanties juridiques ne sont pas forcément les mêmes. En clair, le risque existe que la femme qui porte l’enfant finisse par vouloir le garder. (C.Z.)

 

 


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