«Dans une société pacifiée, la route est le dernier exutoire de la violence»
DEBAT | 07:41 Pour l'Association Road Cross, porte parole des victimes et de leurs familles, rien ne vaut la prévention pour garantir dans l'avenir une meilleure conduite sur les routes.
MARIE-CLAUDE MARTIN | 20-11-2008 | 07:41
Road Cross, porte-parole des victimes de la route et de leurs familles, est pour la variante forte de Via Sicura, la version à 300 millions qui épargnerait 180 vies et 1800 blessés graves chaque année. «Cela peut paraître cher mais ce n'est pas grand chose en compensation des 14 milliards (matériels et humains) que coûtent les accidents de la route.»
Pour Michaël Cordier, animateur et coordinateur de la section romande, il faut moins durcir les lois qu’appliquer celles qui existent déjà. Par exemple, dans des cas patents de prise de risque extrême, transformer l’homicide ipar négligence (jusqu'à 3 ans de prison assortis de sursis) en meurtre par dol éventuel (5 à 20 ans d'emprisonnement ferme).
Prévention avant tout
Pour autant, Road Cross ne se fait guère d’illusions sur l’utilité de la répression: «10 ans d’emprisonnement ne feront pas d’un chauffard un bon conducteur, de même que le retrait de permis n’empêchera jamais un récidiviste de retoucher une voiture.» Michaël Cordier insiste donc sur la prévention large, l’éducation routière dans les écoles et clubs de sport.
«Nous sensibilisons aux causes (alcool, inattention, vitesse, drogue) mais aussi aux conséquences des acidents. Celles-ci ne sont pas que pénales et judiciaires, les conséquences civiles aussi peuvent être très lourdes, notamment quand votre assureur se retourne contre vous et vous endette à vie. Le chauffard n’est pas seulement celui qui commet une infraction grave. Une petite infraction, 60km/h plutôt que 50, peut avoir des conséquences dramatiques. Nous sommes tous potentiellement des délinquants de la route.»
Les femmes devraient payer moins
Les femmes aussi? «Non, il y a quatre hommes qui se tuent pour une femme. Là où les femmes cabossent, les hommes désossent. Ceux qui sont favorables au système du casseur-payeur, déjà pris en considération par les assurances, devraient alors pousser leur logique jusqu'au bout et faire payer nettement moins les femmes que ce qui se fait actuellement.»
Objet praradoxal
Formé à la sociologie, Michael Cordier poursuit son analyse ainsi: « On vit dans une société totalement pacifiée où la route est un des derniers exutoires de la violence humaine. Certains demandent que l’on construise des circuits automobiles pour aller se défouler. Mais construit-on des bordels pour éviter le viol ou des stands de tir pour réduire la criminalité par arme à feu?"
"La voiture est un objet paradoxal, poursuit-il, à la fois de citoyenneté et de partage, mais aussi d’un individualisme forcené, comme un petit chez soi. Toute l’ambiguïté est là: comment faire avec un espace privé qui circule sur un espace public?»
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