Masse critique et point de flexion

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Dans une société démocratique, il y a des avis divergents sur toute question. Mais à un certain moment un consensus se forme et l’avis général prévaut. Cela a été le cas pour le réchauffement climatique. Les scientifiques publiaient depuis un certain temps les effets de l’accroissement de la population, de l’industrialisation et de l’augmentation du CO2 dans l’atmosphère, et les effets sur le climat. De nombreuses personnes pensaient que ce n’était qu’un groupe de gens alarmistes et que sur la durée, la Terre avait vu d’autres périodes de réchauffement et de refroidissement. Et puis à un certain moment, vers la sortie du film « une vérité qui dérange » de Al Gore, l’opinion publique a basculé et un consensus c’est formé sur la nécessité de résoudre le problème et de renverser la vapeur. Ce moment où l’on atteint une masse critique et l’opinion bascule est appelé en anglais « tipping point », traduit en français par point de flexion.

 


Nous vivons une situation semblable dans le secteur financier : la crise a mis en évidence non seulement les risques et les dérives, mais a aussi généré un dialogue sur le rôle du monde bancaire en tant que spécialiste et en tant que partenaire de la société au sens large et sur le long terme. Les appels à la régulation, à la transparence, aux restrictions sur la rémunération, au développement de la finance durable figurent quotidiennement dans les médias. L’attaque qui commence à être concertée sur le secret bancaire helvétique et les comptes non-déclarés va changer le « business model » de la banque privée suisse, les acteurs sont déjà tous d’accord sur ce point.

 


Les tensions entre les banques centrales et les banques d’affaires alimentent aussi le débat. Le retour en force des banques sauvées in extremis l’année passée, comme si de rien n’était, ne passe plus, ni auprès des gouvernements, des régulateurs, ni auprès de l’opinion publique en général – la confiance est rompue. La réunion ce week-end de la Banque des Règlements Internationaux devrait dessiner des pistes pour éviter un dérapage futur. Les discussions et réflexions du Forum de Davos à la fin du mois de janvier vont aussi contribuer à forger le consensus sur la question. Il n’y a pas de doute, nous vivons la phase d’émergence de la masse critique de l’opinion sur la question, et le point de flexion pourrait apparaître en 2010 déjà.

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Edmée Cuttat

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