Quand les femmes représentent la solution au manque de personnel qualifié | Les Quotidiennes

08/01/2009 18:44
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Quand les femmes représentent la solution au manque de personnel qualifié

TRAVAIL | 05:00  En manque de collaborateurs de qualité, l’entreprise Losinger Construction SA s’est tournée vers les femmes. Le pourcentage de ses cadres au féminin est passé de moins de 5% en 1998 à 16% en 2008.




Trois femmes responsables de chantier pour Losinger, à l’EPFL. De gauche à droite: Aliénor Hippolyte, Aline Tessier et Christina Ablanque avec son bébé Nicolas. (Photo: Janine Jousson)


Sandra Weber | 30-05-2008 | 05:00

Les femmes dans le domaine de la construction? Sujet encore délicat pour certains. «Des femmes? Il n’y en a pas ici, sauf les secrétaires», nous a-t-on donné pour toute réponse dans une grande entreprise.

 

Sur le site internet de Losinger Construction SA, un visage féminin coiffé d’un casque de chantier invite pourtant à rejoindre le staff. Depuis plus de dix ans, l’entreprise active dans le développement de projets relatifs à l’immobilier applique une politique active de recrutement de collaboratrices.

 

Pour être politiquement correct? Ce n’est pas tout à fait le genre de la maison. «Au milieu des années 1990, nous avons été confrontés à un manque de personnel qualifié, explique Pierre Lembert, directeur du secteur rénovation pour la Suisse romande. Surtout dans des domaines techniques comme l’ingénierie, l’architecture et le génie civil.» Ce besoin, assorti à une politique d’encouragement de la diversité parmi les collaborateurs, a mené à un effort soutenu de recrutement des femmes. «Notre volonté était de mieux intégrer les minorités au sein de notre personnel, dont les femmes», précise Karim Abdelatif, directeur des ressources humaines.

 

En 1998, Losinger, compte moins de 5% de femmes parmi ses cadres. Aucune d’entre elles n’est active sur les chantiers, mais dans les ressources humaines ou le service juridique. Dix ans plus tard, ce chiffre atteint les 16%, répartis dans des domaines plus variés.
Cet effort pour engager davantage de femmes comporte bien entendu une dimension marketing non négligeable. «Sur nos affiches, les femmes sont de vraies employées, souligne Pierre Lembert. Nos clients ont apprécié.»

 

Il n’empêche, la direction de l’entreprise tire un bilan positif d’une plus forte présence de femmes sur le fonctionnement réel de l’entreprise. «Evidemment, tout le monde s’accorde à dire que nos collaboratrices travaillent aussi bien que nos collaborateurs, que ce soit sur les chantiers ou aux ressources humaines», note Karim Abdelatif. Et au niveau des salaires, il promet que le sexe ne justifie aucun écart de rétribution. «Elles ont apporté un regard différent», renchérit Pierre Lembert. «Il nous est arrivé de louer certains immeubles plus rapidement grâce à des améliorations techniques imaginées par de nouvelles collaboratrices et qui améliorent la vie pratique des usagers.»

 

Les femmes «s’évaporent» dans l’échelle hiérarchique
Sur le terrain, il a d’abord fallu s’imposer (lire les témoignages ci-contre). «Dans des milieux très masculins, les femmes sont poussées à être meilleures que les hommes, car les gens ne les épargneraient pas en cas d’erreur, estime le directeur des ressources humaines. Ensuite, cela devient plutôt un atout d’être une femme, car les collègues sont impressionnés.»

 

Sur le plan de l’égalité, un domaine reste encore à défricher: la direction de l’entreprise ne compte aucune femme. «Il y a beaucoup «d’évaporation», explique Karim Abdelatif. Les femmes ne sont déjà pas nombreuses dans les domaines techniques, puis bon nombre d’entre elles arrêtent de travailler ou réduisent leur activité pour des raisons familiales.» L’accès au top management est le prochain objectif.

 

ALIÉNOR HIPPOLYTE, architecte, principalement dans le domaine de la rénovation, actuellement cheffe de projet d’un chantier à l’EPFL
Être une femme, un atout? «J’ai remarqué que les hommes n’osent souvent pas poser de questions sur un chantier, par peur de montrer qu’ils ne savent pas tout. Même sur des sujets importants qui pourraient débloquer une situation. En tant que femme, je me sens plus libre de ce point de vue-là. Par contre avant de me connaître, les autres collaborateurs du chantier ont tendance à penser que je suis l’assistante de quelqu’un, la réceptionniste voire la responsable du nettoyage! Ensuite leur vision change lorsqu’ils voient que je suis compétente. Il y a peu de femmes architectes sur les chantiers. A l’EPFL, nous étions 40% des étudiantes. Mais la plupart des femmes architectes travaillent dans des bureaux.»
Comment concilier vie professionnelle et privée? «Je travaille à 100%. Je n’ai pas d’enfants.»

ALINE TESSIER, conductrice de travaux principale
«J’ai fait ce métier pour un grand groupe en France pendant dix ans avant de déménager à Genève. Un chasseur de tête m’a contactée. »
Être une femme, un atout? «Dans ma vie professionnelle, plutôt oui. La relation homme-femme dans mon métier instaure une attitude de respect mutuel. L’atmosphère est agréable. En cas de problème, on ne va pas s’affronter comme le font parfois les hommes entre eux. Personnellement, j’ai été très bien accueillie en commençant à travailler ici. Mais je remarque qu’une femme est davantage testée sur ses capacités qu’un homme. Ce n’est jamais acquis d’avance.»
Comment concilier vie professionnelle et privée? «Je travaille à 80%. C’était ma condition pour accepter cet emploi. J’encourage les femmes à imposer ce dont elles ont besoin. On m’a tout de suite dit oui! Et je constate que c’est bien perçu de quitter le travail à 17h30 pour rejoindre sa famille.»


CRISTINA ABLANQUE, conductrice de travaux principale, actuellement responsable de chantier
«Nous sommes en ce moment deux femmes sur le chantier, c’est exceptionnel. Mais ça ne me dérange pas de travailler dans un environnement masculin.
Être une femme, un atout? «Il y a des avantages. Les hommes sont plus à notre écoute. Pas besoin de crier comme un homme! A l’embauche, il ne me semble pas que le sexe ait joué un rôle, mais l’expérience et le caractère.»
Comment concilier vie professionnelle et privée? «Je suis actuellement en congé maternité et j’ai dû arrêter de travailler trois mois avant mon accouchement, car le chantier était devenu trop physique dans mon état. Mais je recommence à 100% après les quatre mois de mon congé. D’ici là, il nous faudra trouver une nounou, car les garderies sont toutes débordées ici à Lausanne. Mon mari travaille à 80%. Il est aussi architecte et peut faire beaucoup de travail à la maison car il ne bosse pas sur un chantier. Nous nous répartissons les tâches selon nos types d’activités.»


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