Ralentir pour mieux travailler: voici venus les slobbies | Les Quotidiennes

19/11/2008 16:39
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Ralentir pour mieux travailler: voici venus les slobbies

MANAGEMENT | 15:45  

De retour de vacances, la question mérite d’être étudiée: comment travailler de manière plus efficace ? En ralentissant. C’est ce que prônent quelques gourous du management. Des conseils qui peuvent servir au travail comme au foyer.




Jean De La Fontaine félicitait le bon sens de la tortue. Aujourd'hui, Lothar Seiwert conseille aux travailleurs de changer de rythme.


MADELEINE VON HOLZEN | 22-08-2008 | 15:45

Que celui ou celle qui n’a jamais dit «je n’ai pas le temps» lève la main. La course effrénée contre la montre est certainement devenu le sport le plus pratiqué dans le monde. Mais rassurons-nous, une nouvelle race de travailleurs pourrait nous sauver de ce mal qui nous ronge: les «Slobbies», pour «Slower but better working people». Des personnes qui travaillent plus lentement mais mieux.

 

Les slobbies refusent d’accepter la vitesse comme seul mesure de la performance. Ils ont fait le constat, parfois suite à un gros pépin de santé ou un méchant échec professionnel, que leur vie est un enfer, et qu’ils ne la supportent plus. Et ils ont décidé de changer. Lothar J. Steiwert, expert allemand reconnu dans la gestion du temps, (des livres vendus à 4 millions d’exemplaires et publiés en 30 langues) a mis sur le marché le mode d’emploi: «Slow down to speed up». Littéralement ralentir pour accélérer.

 

Un premier ouvrage avait fait date en 2004: le fameux «Eloge de la lenteur» de Carl Honoré, ce journaliste qui a soudain été frappé par le rythme de sa vie et les situations délirantes dans lesquelles lui-même s’est mis. Le jour où il a failli acheter des contes à lire en deux minutes pour résoudre la terrible équation du soir: coucher les enfants le plus vite possible sans renoncer à l’histoire pour retourner à son portable et terminer son travail. La belle au bois dormant en 120 secondes? De cette aberration est parti sa démarche, devenue un best-seller traduit en 20 langues.


Résister à la pression

Dans un monde où la pression du temps est constante (même la Malaisie a décidé d’accélérer le tempo de son hymne national pour être dans le ton de sa croissance économique, raconte Steiwert), l’envie de «slow» fait de plus en plus d’adeptes, de la mobilité à la nourriture. Quoi de plus normal dans une société où être inatteignable moins de 48 heures est devenupresqu’anormal?

 


Plus vite, moins bien

«La gestion du temps est incontestablement un problème essentiel dans les entreprises ajourd’hui», confirme Stéphane Garelli, professeur à l’IMD. Oui, les décisions se prennent de plus en plus vite. «La technologie a conduit à une centralisation des décisions. Une direction peut décider et informer immédiatement l’ensemble du groupe, il se passe donc des relais habituels. Et les décisions sont dans bien des cas moins bonnes», constate l’économiste.

 

«Le problème n’est pas la vitesse en soi; le problème est lorsque la vitesse devient le seul facteur déterminant, explique Lothar Steiwert. Nous gérons les séances pour finir à l’heure pour découvrir ensuite que nous n’avons pas réglé le point le plus important à l’agenda». Se retrouver à faire des choses inutiles parce que l’énergie d’entreprendre les vrais défis manque? Faire des erreurs bêtes par fatigue? Ou résister à de nouvelles idées et créer une atmosphère dans laquelle il est difficile d’être productif. Voilà les incohérences qui guettent le travailleur de 2008.

 

«Pas sûr que ralentir soit la solution», répond Stéphane Garelli Il rejoint néanmoins le spécialiste allemand en gestion du temps sur un point essentiel: faire la distinction entre les choses urgentes et importantes. Dans le monde où «ASAP», pour «aussi vite que possible» est presque devenu une signature d’e-mail, faire la distinction entre ce qui est réellement important et ce qu’il ne l’est pas est la base d’une saine gestion des priorités. Evidemment, mieux vaut prendre le temps pour les choses importantes. L’économie d’énergie suivra.

 


Recharger ses batteries

Reste la bonne gestion de l’équilibre, à la base de ce que propose Steiwert. Etre capable de recharger ses batteries sera le facteur-clé du succès, affirme-t-il. La bonne forme physique est déjà aujourd’hui essentielle, confirme le professeur Garelli, citant le directeur de l’OMC Pascal Lami, capable d’enchaîner huit jours de négociations intenses parce qu’il est marathonien. A quoi il faut ajouter l’indispensable capacité d’être créatif, de se renouveler.

 

Pour ce faire, à chacun ses trucs, (les techniques sont dans les livres): Stéphane Garelli détermine chaque matin ce qui est réellement important dans sa journée, ne consulte plus (presque) ses mails après 21 heures, a fait une règle absolue de lire autre chose que de l’économie le soir et gère son agenda avec des zones spéciales «famille», qu’il considère avec la même attention que les autres rendez-vous.

 

Il y a encore les «fichues pauses déjeûner», qu’il fait volontiers sauter pour prendre 30 minutes pour lui. Alors Stéphane Garelli, qui cumule les responsabilités et semble toujours parfaitement maître de son agenda, fait-il partie des slobbies? «Malheureusement pas», selon lui. Même si la théorie est convaincante, il faudra peut-être encore un peu de temps pour que les slobbies envahissent les bureaux de notre planète.

Slow down to speed up, Lothar J. Steiwert, Campus, 2008


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