Sibylline couche sur le papier les envies érotiques de ses lecteurs | Les Quotidiennes

08/01/2009 18:03
Imprimez Envoyez Commentez cet article

Sibylline couche sur le papier les envies érotiques de ses lecteurs

BANDE DESSINEE | 10:13  
Dans un album aux images suggestives, la jeune scénariste raconte une série de premières fois excitantes, qui vont crescendo. Des histoires qui explorent la sexualité sans tabou, mais sans tomber dans le porno glauque.




La couverture de la BD érotique "Premières fois"


Phillippe Mury | 09-05-2008 | 10:13

Elle porte le prénom d’une héroïne de bande dessinée. Son vrai prénom – Sibylline ne se cache pas derrière un pseudo. Comme la petite souris des albums de Raymond Macherot, cette brunette aux cheveux longs et aux yeux pétillants n’a pas froid aux yeux. Quand elle n’assure pas l’accueil d’une grande maison d’édition, Sibylline écrit, plutôt bien, des histoires à ne pas mettre entre toutes les mains.

 

Dans «Première fois», un recueil de dix nouvelles érotiques raconté à la première personne et au féminin, elle couche sur le papier l’intimité des plaisirs charnels. Une mise à nu traduite en images suggestives par différents dessinateurs de renom, des filles comme des garçons. Sur un thème autorisant tous les fantasmes, Sibylline ne s’interdit rien, sans tomber dans le côté glauque souvent lié à ce genre de production.
«Je ne conçois pas le sexe sans un peu de tendresse», souligne la jeune femme, mère de deux petites filles. J’avais envie d’un livre qui me ressemble, où les dessinateurs pourraient laisser parler leur sensibilité et pas seulement enchaîner des scènes de cul.»

 

Pourtant, de cul, il en est bien question dans ces pages sensuelles et explicites. Première relation sexuelle, premier sex-toy, premier rapport homosexuel, première fois à trois… les histoires de Sibylline vont crescendo. On parle dépucelage, fessée, échangisme, sodomie. Pas de limites? «Les limites, ce sont celles de nos envies. J’ai sans doute parlé des miennes, ou en tout cas de celles que des lecteurs peuvent ressentir.» Lecteurs ou lectrices? Elle élude, espère que les garçons offriront son livre aux filles, et vice-versa, «sans rougir trop».

 

Devant son écran d’ordinateur, Sibylline n’a pas rougi au moment de poser des mots crus. Mais elle a angoissé, souvent. «Avec les dessinateurs, on a tous éprouvé une grande trouille. On savait vers quoi on avait envie d’aller: un beau livre qui nous parle et qui parle aux autres. On se posait toutes sortes de questions. Notamment si ces histoires étaient belles, excitantes. Parce que c’est quand même le propos de cet album: on se demande si on va faire bander les gens ou pas.»

 

En dédicace, ses lecteurs l’abordent avec un sourire complice. Elle leur écrit une ou deux lignes, qui se terminent par «plein de bisous, Sibylline». On l’envisage, la dévisage, comme celle qu’elle n’est pas forcément. «Première fois» pourrait lui coller une étiquette sulfureuse. Elle s’en fout. «Devenir la Clara Morgane de la bande dessinée, ce serait naze. C’est un risque à prendre. Si dans la foulée je faisais huit albums de ce style, ce pourrait être le cas. Mais j’ai d’autres projets, qui n’ont rien à voir avec le sexe.»
Dessiné par Jérôme d’Aviau, son prochain récit, se veut naïf et tendre. L’histoire d’un tout petit bonhomme qui va essayer d’apprendre à aimer. De l’absurde, avec un peu de poésie. «C’est mimi», glisse-t-elle en battant des paupières. Sibylline est charmante.


Premières fois, collectif, éd. Delcourt, collection Mirages

Cinq questions à Sybilline:

 

Dans Premières fois, vous vous dévoilez beaucoup?
Je crois que c’est difficile de se mettre de côté dans ce genre de livre. Là, on n’est plus dans un registre intimiste, mais bien dans l’intime pur. En relisant mes histoires, j’ai eu l’impression d’avoir envoyé aux dessinateurs des photos de moi toute nue. Une sensation très étrange.

 

Un petit côté exhibitionniste?
Même pas. C’est un livre que j’assume complètement. Mais je ne me résume pas à des histoires de fesses, même si je les trouve belles.

 

Vous vous êtes beaucoup documentée?
Forcément. J’ai vécu, mais je n’ai pas pu tout faire! Pour l’histoire sur l’échangisme, j’ai fait un aller-retour en club, pour voir. Je ne suis pas restée longtemps, j’ai joué à Cendrillon: à minuit je me suis sauvée… Etrangement, j’ai trouvé qu’il y avait dans ce genre d’endroit une normalité ambiante tout à fait déconcertante. Sinon, pour le récit sur les sex-toys, j’ai emmené la dessinatrice Capucine au sexodrome. C’était dingue, le vendeur s’adressait à nous comme s’il vendait des aspirateurs!

 

Choquée parfois?
J’ai regardé des films pour voir ce qu’était la pornographie du moment. Il y a une vraie violence envers les femmes. On les abime beaucoup. C’est hyper triste pour ceux qui apprennent à toucher des filles en regardant ça.

 

Quelle est la limite entre érotisme et pornographie?
L’un ne marche pas sans l’autre à mon avis. On ne va pas se planquer derrière des poèmes pour dire: l’érotisme c’est légitime, la pornographie c’est critiquable. Dans l’intimité, l’amour ça tache, après on a les doigts qui sentent bizarre, mais ça reste beau quand même.


Reagissez à cet article!

Imprimez Envoyez Commentez cet article


A lire également dans la même rubrique :

D'autres articles


Newsletter

Inscrivez-vous à la newsletter des Quotidiennes en envoyant "OUI" à lesquotidiennes@edipresse.ch

Nuage de tags

Actu TDG

Vaud 24heures

News Femina