Michel Houellebecq et sa mère: famille je vous hais (dans la peau)
LIVRES | 12:31 Dans la famille Houellebecq, on a le sens de la provoc. Et c'est à la veille de la fête des mères que Lucie Ceccaldi, mère de Michel, publie une autobiographie où son fils est qualifié de parasite. Le fils n'en pense pas moins de sa génitrice.
Marie-Claude Martin | 09-05-2008 | 12:31
Il est fréquent que les écrivains parlent de leur mère. Entre l’éloge hagiographique d’un Albert Cohen et la haine tenace d’un Hervé Bazin, le sentiment filial se décline sur tous les modes: admiratif, affectueux, amoureux, vengeur, destructeur, repenti. Depuis le début de l’année, pas moins de trois auteurs s’y sont collés. Le marocain Tahar Ben Jalloun, l’Américain Donal Antrim et le romand Jacques Chessex. Le premier raconte comment sa mère a succombé à la maladie d’Alzheimer, le second fait le portrait d’une femme alcoolique, fantasque et hautement romanesque tandis que le troisième lui demande pardon pour le mal qu’il lui a fait.
hippie dégénérée
Il est rare en revanche que les mères répondent à leur fils, et plus rare encore qu’elles le fassent en publiant. C’est le cas de Lucie Ceccaldi, mère de Michel Houellebecq, dont on sait combien il déteste sa génitrice. Dans Les Particules élémentaires, il l’a décrit comme une vieille hippie dégénérée, une égocentrique préférant ses amants, ses voyages et son chien à ses deux enfants. Pour l’écrivain le plus emblématique de sa génération, cette mère absente et froide serait la «faille fondamentale» qui détermine son œuvre.
Depuis 1991, après une violente dispute autour de la première guerre du Golfe, la mère et le fils ne se sont plus jamais parlé. «Je savais que je ne la reverrais jamais; et j’en tressaillais de joie (…) J’ai vraiment senti que j’étais en train de vivre un grand moment – lumineux, libératoire, paisible.»
Absence de fibre maternelle
A 83 ans, la mère, ancienne médecin anesthésiste, lui répond sur le même ton dans une autobiographie intitulée L'Innocente. Dans un langage cru, cette femme née en Algérie et qui vit désormais dans une cabane à la Réunion, administre une dernière fessée à son fils «prêt à faire n’importe quoi pour parvenir à la fortune et à la renommée.» Dans son autobiographie refusée par plusieurs éditeurs en raison d’un style approximatif, elle règle ses comptes avec son rejeton qu’elle juge menteur, imposteur, sans cœur ni talent. Elle confirme également n'avoir jamais eu la fibre maternelle, "comme beaucoup de femmes." Cela ne l'empêche pas d'exiger des excuses publiques.
Mais les chiens ne font pas des chats. Il y a chez la mère comme chez le fils un goût pour la provocation, un mépris de toute forme de sentimentalisme, un même humour misanthrope et surtout la même solitude orgueilleuse.
"Le livre de ma mère", d'Albert Cohen
"Vipère au poing", d'Hervé Bazin
"Sur ma mère", de Tahar Ben Jalloun
"La vie d'après", de Donald Antrim
"Pardon mère", de Jacques Chessex
"l'Innocente", de Lucie Ceccaldi
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