Pour ma grand-mère, décédée il y a fort longtemps, il y avait «choses dont on ne parlait pas.» Elles se situaient mystérieusement presque toutes en dessous de la ceinture. Pas de sexe, bien sûr, mais aucun tube digestif à histoires non plus. Elle aurait préféré mourir que de demander, chez des étrangers, où se trouvaient les toilettes. Tout ça a bien changé. Il existe même des «journées internationales», afin de vanter les meilleurs petits coins. Les Japonais se sont du coup fait un point d’honneur à transformer les leurs en vastes objets robotisés. C’est simple. Il faudra bientôt un diplôme pour savoir comment les utiliser. Les toilettes, chacun le sait, ont un sexe. De petits personnages (parfois si schématisés qu’il convient de les regarder de près pour savoir où entrer) séparent le monde des hommes du royaume des femmes. Ces dernières ont cependant besoin de davantage de minutes, ce qui les prétérite. Il suffit d’aller dans un musée comme le Louvre. D’un côté les messieurs entrent et sortent à la vitesse de l’éclair. C’est du tonnerre! De l’autre, les dames forment une file évoquant les magasins de vivres à la pire époque du dictateur roumain Ceaucescu. La compagnie aérienne ANA, qui se situe comme par hasard dans l’Empire du Soleil levant, vient de prendre la mesure du problème. Soucieuse de se trouver des clients, et encore davantage des clientes, elle proposera dès ce mois de mars des toilettes réservées aux dames. «Ce sera une façon de nous différencier», déclare la direction. Le but est double. Il s’agit à la fois de donner de l’espace et du temps. Faire ses besoins, que nous qualifierons ici de «petits», alors qu’un homme tambourine à la porte constitue en effet une source de stress pour la femme. Et pensez à sa gêne! A sa légitime pudeur! Il y a là de quoi vous bloquer aussi sûrement que si vous aviez avalé trois plaques de chocolat et deux bols de riz blanc d’un coup. ANA avait d’abord voulu évacuer le problème en amont. Il y a quelques semaines, la compagnie avait suggéré à ses très honorables passagers de bien vouloir se rendre aux WC avant le décollage. Et pourquoi donc? Mais pour réduire les émissions de CO2 dans l’espace. Mieux vaut sans doute du lisier pour fertiliser l’archipel. Dans ce cas-là, pour se montrer vraiment écologique, ne vaudrait-il pas mieux ne pas voler du tout. Et crotte, après tout! P-S. Tous contrôles faits sur le Net, l’expérience «toilettes au sol» n’aura duré qu’un mois. Elle avait davantage suscité la révolte que la compréhension des passagers
Les WC ont aussi un sexe. Respectons-le

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