Comme les espoirs, les titres peuvent se révéler trompeurs. Tenez! Je viens de lire un très gros livre. Il s’intitule sobrement «Un bon mari» (1). Vous auriez pu penser qu’il s’agissait là de stratégie matrimoniale. De la dernière chasse à l’homme autorisée. Il y a en effet un bon siècle déjà qu’on a un bon siècle aux Maoris ou aux Papous que «ce n’était pas bien, toutes ces têtes coupées». Ils n’ont pas su se défendre. A l’époque, on ne parlait pas encore de «différences culturelles». Eh bien ce n’est pas ça! Il suffit d’ailleurs de lire jusqu’au bout le long sous-titre pour s’en persuader. L’ouvrage se veut «Une histoire politique des homme et des femmes à l’époque révolutionnaire». N’empêche que cela devrait vous intéresser. Les hommes (et donc les femmes) ont toujours tendance à croire que le monde commence avec eux. Anne Verjus nous explique donc qu’avant la Révolution de 1789, le principe inégalitaire restait la norme. Tout le monde sait qu’il y avait la noblesse, le clergé et le Tiers-Etat. Mais peu de gens savent que la loi différait alors en France suivant les régions ou, pour parler comme à l’époque, «les pays». Si la femme se retrouvait partout subordonnée, elle se retrouvait ainsi en bonne compagnie. Dans toute la partie Sud, les gens vivaient ainsi selon les austères principes du droit romain. Autant dire que des hommes parfois mûrs restaient sous la coupe de leur père et grand-père jusqu’au moment où ces derniers avaient la curiosité de découvrir s’il existait vraiment un monde meilleur. Le patriarche avait même le pouvoir de les faire mettre en prison. Les domestiques ne se portaient pas mieux. Aucuns droits! Mais même la Révolution, finalement très bourgeoise, ne fera rien pour eux (2). Censitaire, le vote ne restera-t-il pas longtemps réservé aux riches? Le sort de ce qu’on appelait alors «les fils de famille» (3) intéressera bien davantage les théoriciens politiques d’alors que celui des femmes. Pour tout dire, il n’y avait presque que Condorcet pour vouloir leur accorder des droits. Elles n’auront rien. Juste celui de divorcer. Il faut dire que ces pauvres dames jouaient de malheur. Les gens de gauche, pointant l’influence de Marie-Antoienette ou de la Pompadour, en faisaient de dangereuses personnes. Les quelques acquis de 1793 se verront remis en question passé Thermidor. Les gens de droite insinueront alors que les Révolutionnaires étaient désormais les coupables de tous les désordres. Anne Verjus explique très bien tout ça, même si elle barbote un peu dans les détails. Il s’agit là d’un ouvrage à la fois très féministe et très universitaire. Les universitaires ont rarement le sens de la formule lapidaire. Pour poursuivre ma métaphore, je dirais qu’ils tendent à noyer le poisson. Un dernier mot. J’allais oublier. Anne Verjus s’occupe d’Histoire au CNRS (Centre national de la recherche scientifique) de Lyon. Elle n’est est pas chercheuse, comme les têtes, mais «chercheure». Cette insulte à la langue française, il faut le craindre, risque de créer à elle seule une génération de misogynes. (1) «Le bon mari», d’Anne Verjus, aux Editions Fayard, 392 pages (2) La Révolution genevoise en fera au contraire des citoyens à part entière. Comme quoi… (3) Ils obtiendront satisfaction le 28 août 1792.
Les femmes et la Révolution française. Mais quels droits?

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