Voyage au bout de l'alcool | Les Quotidiennes

08/01/2009 18:00
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Voyage au bout de l'alcool

CHRONIQUE | 09:00  Laure Adler a adoré le dernier livre de François Nourissier qui évoque, avec élégance, la longue et lente chute de sa femme, devenue alcoolique.






Laure Adler, écrivain | 17-04-2008 | 09:00


On le sait depuis des décennies: François Nourissier est un styliste de la langue française qui sait admirablement sonder les coeurs les âmes mais aussi les reins de cette bourgeoisie française dont il est issu mais qu'il abhorre. Dans le livre qui paraît aujourd'hui sous le titre Eau de Feu c'est d'un autre François Nourissier qu'il s'agit: c'est l'amant François Nourissier qui parle et c'est bouleversant.

 


Pourquoi? Pour de nombreuses raisons: le style toujours à la fois tranchant et elliptique et aussi et surtout la sincérité. Plus que de sincérité, il faudrait parler de loyauté vis à vis de soi même, d'élégance morale, de cruauté mentale appliquée à soi même pour tenter de cerner le trouble qui s'empare de nous, lecteurs, dès les premières pages de ce récit.

 

Addicts nous sommes, en manque, impossible de ne pas continuer de lire cette lente descente au pays de la brume de mémoire, de la ruine de soi du suicide lent et consenti de sa propre femme qu'il surnomme Reine dans le récit et qui, après plus de trente ans de vie commune et la mort d'une amie, décide d'entrer en alcoolisme devant un époux qui, au début ne veut rien voir, rien en savoir, s'en amuserait presque pour que la vie soit plus gaie et pétillante. Puis, qui, progressivement, se rend compte qu'il ne s'agit pas de cela mais d'une longue chute, d'un déni d'elle même, d'un effondrement total de son être et de son corps.

 

Elle ne cesse de tomber Reine: dans la rue, chez elle, au super marché. Elle ne cesse de mentir Reine et cache partout des bouteilles pour les boire au goulot. Elle ne cesse d'être agressive Reine, l'alcool la rend méchante et elle balance des mots qui peuvent vous briser une vie.

 

Quand on parle de l'alcool on peut vite tomber dans le témoignage pathos ou le docu cucu. Là c'est exactement le contraire: comme sur un ring, le lecteur est confronté aux coups de l'adversaire et à l'introspection douloureuse de l'amant qui revisite ces décennies de bonheur conjugal en se demandant qui est le coupable? Lui, bien sûr qui l'a initié aux charmes discrets des champagnes de cocktail où il se pavanait, lui qui l'a encouragé à boire à deux les soirs de tête à tête pour que la vie soit plus douce, lui l'infâme, le traître, le veuf, l'inconsolé.Lui l'écrivain magnifique qui n'a que les mots pour se souvenir de sa Reine d'avant, la Reine rieuse, la Reine sculptrice, la Reine elfe dansant, la Reine à jamais de ses nuits.

 

Eau de Feu, de François Nourissier


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