Vous êtes blonde. Et on vous traite de féministe sans humour. Que faire?
CHRONIQUE | 17:00 Un problème? Une gêne? Un agacement? Une révolte sourde? Une honte à partager? Un grand cri de colère à faire passer? Posez vos questions, Les Quotidiennes y répondront.
Marie-Claude Martin | 10-09-2007 | 17:00
«Chères Quotidiennes, j'en ai marre d'être traitée de féministe parce que les blagues sur les blondes ne me font pas rire. Que dois-je répondre pour ne pas être nunuche ou virago? Pouvez-vous me donner des arguments? Des idées? J'ajoute, et cela n'arrange pas les choses, que je suis blonde.»
Réponse des Quotidiennes :
Vous n'êtes pas la seule, chère Samantha, à vous plaindre. Dès qu'une femme ne trouve pas drôle une blague pas drôle sur les femmes, elle est taxée de féministe. Vous connaissez l'expression: «Femme qui rit à moitié dans son lit»? Ainsi, pauvre Samantha, si vous ne vous écrasez pas de rire, vous êtes forcément frigide, donc féministe. Notre conseil: Soyez plus maligne que vos interlocuteurs goguenards, refusez la tyrannie du «sois blonde ou teins-toi» et remerciez vos amis du compliment. Vous avez bien lu: du compliment!
Car prétendre que les féministes n'ont pas d'humour, c'est un contresens historique. Des suffragettes au MLF, la plupart des revendications pour l'égalité ont passé par le rire: déguisements, happenings (le fameux hommage à la femme du soldat inconnu), slogans surréalistes («Je suis une femme, pourquoi pas vous ?» «Une femme sans homme, c'est comme un poisson sans bicyclette») ou tracts moqueurs («Travailleurs de tous les pays, qui lave vos chaussettes?»). Le droit à «la grande rigolade» était même une des revendications du MLF.
Normal, puisque le rire, ce séisme qui déforme le visage, a longtemps été interdit aux femmes. Disgracieux, indécent, imprévisble. Pour frimer, vous qui êtes blonde, vous pouvez même citer cette anecdote: Elisabeth Vigée-Lebrun, peintre attitrée de Marie-Antoinette, provoqua un mini-scandale à Versailles parce qu'elle s'était représentée, sa fille sur les genoux, en train de rire avec ses dents (qu'elle avait blanches, ce qui était rare à l'époque)! Bref, pour la faire courte, une femme comme il faut ne riait jamais ou alors en mettant la main devant la bouche. D'où la vanité de certains Jean-Claude Dusse qui pensent faire rire les femmes alors qu'en réalité, elles bâillent.
Les vraies filles, on les reconnaît parce qu'«elles sont pompettes après un verre de kir à la pêche» dit Florence Foresti, considérée comme limite misogyne par quelques bonnets de nuits lavés au politiquement correct. Mais l'autodérision, l'inversion des situations, le burlesque, l'absurde, le détail qui tue, le refus de la bienséance, c'est exactement l'humour féministe. Celui de Zouc, Marianne Sergent, Jacqueline Maillan, Sylvie Joly, Valérie Lemercier, Muriel Robin, Julie Ferrier, Julie Delpy dans «2 days in Paris», la comédie de l'été qui cartonne, ou de
www.quellesconnes.com
, un site de pastiches réjouissants. Le féminisme rigolo, il est partout, y compris dans «Planète Terreur», un vrai film de garçons où les filles, tout sauf timorées, ont une nouvelle manière de faire du french cancan.
P.S. Au fait, Samantha, est-ce vraiment votre prénom?
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