En lisant l'article annoncé en couverture du dernier Bilan «Pouvoir d'achat, nous n'avons jamais été aussi riches» , deux phrases m'ont interpellée:
o «Pourquoi avons-nous tellement l'impression que notre pouvoir d'achat a baissé?»
o «Dans la course qui voit le superflu se transformer en nécessité, le ménage lambda devient l'archétype de l'enfant gâté.»
Mes voisins, une famille avec deux enfants, qui comptent chaque sou répondraient-ils à cette définition d'enfants gâtés?
L'article fait référence à des chiffres de l'Office fédéral des statistiques: en vingt ans le pouvoir d'achat a augmenté de 10 %, mais en comparaison les besoins de consommation ont augmenté plus fortement, ce qui expliquerait le sentiment d'insatisfaction.
Mais au fait, de quels besoins parle-t-on?
Quand on observe dans le détail l'exemple cité dans l'article, une comparaison du budget d'un travailleur qualifié portant sur les années 1993 et 2007, soit quinze ans, on constate que les frais qui ont le plus augmenté sont le loyer (passé de 1380 Fr. à 1720), la voiture (de 497 à 768), l'argent de poche des parents et des enfants (190 / 450), l'habillement (229 / 335), le téléphone y compris portable (58 / 133), le groupe radio-télévision-câble-internet (48 / 93), les vacances, sports et loisirs (200 / 310), les frais induits par le travail hors du lieu de domicile (275 / 450). Le reste concerne des dépenses indispensables telles que assurance RC etc., qui pour la plupart ont moins augmenté.
o Seul poste qui baisse massivement : les impôts (de 290 à 154)!
o La part du budget consacrée à l'alimentation a quant à elle baissé de 1090 Fr. à 1080, une évolution alarmante en termes de santé publique...
En quinze ans, le salaire brut de base de ce travailleur qualifié a augmenté de 4186 Fr. à 5014, ce qui n'empêche pas ce dernier de boucler son budget familial avec un découvert de 1560.45 par mois, une fois toutes ses dépenses déduites. La dette moyenne pour cette catégorie de salariés s'élève à 12'000 Fr. en petits crédits et entraîne une charge mensuelle de 90 Fr.
Alors, à quel superflu devenu nécessaire cette famille d'enfants gâtés plus que moyenne en Suisse doit-elle donc renoncer pour finir le mois sans découvert (-1560.45)? Mon choix, arbitraire : 1° la voiture 768, 2° les vacances 310, 3° l'argent de poche 450, 4° la TV, internet 93. Là c'est bon, elle économise 1621 francs, il lui reste 60 Fr. pour payer le train ! Peut-être faudrait-il encore enlever le téléphone?
Le sentiment de subir une baisse de pouvoir d'achat et de s'appauvrir est-il vraiment subjectif? Juste un sentiment d'insatisfaction lié à l'incapacité à renoncer au superflu?
Alors que d'autres statistiques montrent que les écarts de revenus se creusent de plus en plus entre les salaires les plus élevés et les plus bas, une lecture attentive des chiffres amène à un constat, froidement objectif : la grande majorité des familles suisses ont juste de quoi se payer le strict minimum si elles ne veulent pas s'endetter.
Riche, superflu et enfant gâté? Une question de point de vue, certainement!
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