Le temps révolu du sacrifice
| 18:23 Management, Then and Now. Ou comment Juanita, la jeune femme Inca sacrifiée par sa famille il y un demi-millénaire, rappelle à CAROLINE LANG quelques rudiments de management.| 05-10-2007 | 18:23
Gloire à Juanita! Jeune fille très belle, Inca, princesse offerte en sacrifice aux glaces du dieu volcan Ampato. Elle avait environ 14 ans. Son âge dépasse aujourd'hui le demi-millénaire. En 1995, la glace se mit à fondre suite à une éruption du volcan péruvien qui exhuma le cadavre de Juanita de son sarcophage de neige, pas moins blanc que le marbre. La princesse est intacte, recroquevillée, flétrie, dans ses vêtements fins, intacts aussi. La peau brune et ultra-tendue laisse passer la lumière comme une feuille de papier à cigarette. Translucide beauté, diamant de chair éternelle. Elle ressemble à la poupée de l'artiste Hans Bellmer.
Pour les incas, offrir sa plus belle fille en sacrifice donnait la mesure de la bienveillance et du dévouement d'une famille à l'égard de la tribu. Sacrifier son enfant était le summum de la sacro-sainte valeur d'aujourd'hui : l'esprit d'équipe. Quelle vision archaïque ! Heureusement qu'aujourd'hui, l'esprit d'équipe n'appelle plus de tels sacrifices. Quoique
Si sacrifices il devait y avoir, les managers devraient être les premiers volontaires au sacrifice, pour la survie du groupe. L'exemple de la princesse momifiée m'a ainsi rappelé, étrangement, quelques rudiments de management.
Même la plus talentueuse personne du monde ne produit rien de bon sans une équipe efficace. Les stars apportent d'évidentes qualités à un groupe mais perdent rapidement de leur éclat sans un environnement harmonieux et soudé.
Une équipe fonctionne si chaque membre assume ses responsabilités, comme il jouit de ses libertés. Point besoin de sacrifice.
Dans le monde des affaires, la liberté sans responsabilités est une voiture qui s'élance dans le vide. Les responsabilités d'un manager sans réelle autonomie d'action font de lui un chèque en blanc: on le déchire au premier bilan des comptes. Et les résultats d'un manager, non secondé par une équipe efficace et soudée, sont réduits à néant. Chaque personne participe au projet commun. Point besoin de sacrifice.
Il n'y a rien de pire qu'un manager qui prend une décision en trois minutes contre l'avis d'un de ses employés qui réfléchit au problème depuis trois semaines. Même si cette décision est la bonne. Il n'impressionnera personne, bien au contraire. La cohésion du groupe peut s'affaiblir et mettre en péril le projet commun. Doit-on le sacrifier pour autant?
La diversité d'opinions est nécessaire à l'harmonie et à l'efficacité d'une équipe. Un manager doit ainsi encourager son équipe à penser différemment à ne pas suivre un mode de pensée unique. Il doit développer le dialogue pour favoriser l'éclosion et l'expression de toutes les stratégies. Toutefois, la bonne décision n'est pas forcément la plus consensuelle. Mais elle s'appuie toujours sur une consultation de plusieurs collaborateurs. Le grand manager possède en somme une vertu qui ressemble au don d'invisibilité.
Les défaites sont à partager autant que les victoires. Et par tous. Point besoin de sacrifice. Il ne faut jamais blâmer qu'une seule personne et toujours penser à remercier tout le monde.
Merci Juanita, pauvre victime d'un temps révolu.
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