Le blues du multitasking | Les Quotidiennes

08/01/2009 13:31
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Le blues du multitasking

| 21:19  CAROLINE LANG se prépare aux vacances. Et regarde avec nostalgie les années 90 lorsque l'on dilapidait son temps de travail...




| 29-07-2007 | 21:19

L'horizon des vacances se voile d'une incurable propension au bilan, à l'analyse de la saison, aux comptes. L'issue de ces entretiens avec moi-même détermine d'ailleurs en grande partie le choix de ma destination.

 

En 2007, l'incroyable vigueur du marché de l'art m'a emportée dans un tourbillon d'allers-retours express à New York, de Conference calls à minuit sur les nouvelles fortunes de Hong-Kong, de dîners de charités, d'affaires mirobolantes, d'ambitions à la hausse ou de soirées prévues avec mes plus vieux amis que j'annule au dernier moment parce que mon devoir m'oblige à être présente au vernissage de la nouvelle exposition de Larry Gagosian où sera présent l'artiste qui obsède toute la planète arty. Le conseil des plus hauts directeurs de Sotheby's me porte au pinacle, me flatte, m'augmente, me nourrit, m'abrutit et me fixe mes objectifs de l'année à une altitude qui frise le scandale financier.

 

Si j'ai travaillé à m'en brûler la peau, je rêve du Tibet, de l'Argentine, du Sinaï, de grands oiseaux et de mer indigo pleine de poissons multicolores. C'est en vacances que j'ai appris à ne plus rien faire que regarder et voir. Mieux je pars en août, mieux je regarde les tableaux que je vends en septembre. A l'inverse, si mon printemps fut calme et doux, si ma direction m'oblige à un feu d'artifices pour l'automne, mon été devient un véritable champ de bataille, mes journées sont ardentes, mon corps souffre et se régénère, je deviens mauvaise. Jalouse, je fais du vélo en maudissant toutes mes copines prélassées.

 

Alors qu'est-ce qui ne va pas?

 

Je devrais me dire: Caroline, tu es une reine, sus en stress, voici venir le temps des îles Marquises, réalise ce vieux rêve de lire une bonne fois pour toutes les 2000 pages des Mémoires d'Outre-tombe de Chateaubriand, livre sublime que j'ai recommencé six ou sept fois sans jamais atteindre le terme du premier tome. J'ai gagné le droit de faire le roi fainéant, après une telle saison menée tambour battant.

 

Je suis une fille des fins des années 80 qui a commencé à bien gagner sa vie à partir de 2000. New York d'il y a quinze ans, jardin d'Eden et bûcher des vanités, comme je te regrette en ces mornes étés où l'abondance de temps empêche la working-girl toujours débordée d'avoir à faire trois choses en même temps, comme au bon vieux temps. Il fallait se montrer indispensable à toutes les situations, savoir régler trois problèmes simultanément comme on dit que Napoléon dictait les lettres par cinq.

 

J'aimais bien me vernir les ongles en regardant les résultats d'une vente pendant qu'une journaliste m'interviewait au téléphone. J'en mettais plein la vue à mes collaborateurs désoeuvrés, je passais pour remarquable. Je ne finissais jamais ce que je commençais but I was speed.

 

Je dilapidais mon temps de travail. Aujourd'hui, mon supérieur stigmatiserait cette gestion archaïque de mes priorités. Bien travailler, c'est courir un seul lièvre à la fois. On se focalise. J'ai le blues du multitasking. Il va être l'heure d'emporter son Blackberry à la plage.


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