Entre le string et le voile

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Sujet brûlant et réfrigérant à la fois, universel et donc forcément polémique, et si je me risquais d'un petit essai sur la pudeur ? Un peu, beaucoup, pas… assez. Car si quelqu'un est là pour en parler – après vous Messieurs, cela va de soi -, c'est bien nous, les sages-femmes, quotidiennement confrontées, à cette vertu à deux visages. Entre le string et le voile, il faut bien se frayer un passage pour faire notre travail ! Et parfois prendre le chemin des écoliers…

 

Généralement, pour les soins à domicile, les mamans adeptes du string ne posent pas trop de problèmes. On a vu tout ce qu'on voulait voir avant même d'avoir rien demandé : soutien-gorge d'allaitement dégrafé, string sur les chevilles, et discussion sur le canapé, seins à l'air. Le facteur sonnerait à ce moment-là qu'elles oublieraient presque de tout remballer avant d'aller ouvrir. Mais comme il y a une grande différence entre une personne dite peu pudique et une autre carrément taxée d'impudique, ne me comprenez pas mal ! Pas de jugement, juste une observation..

 

Ça me rappelle une patiente venue des pays froids, belle de la tête aux pieds, même une semaine après l'accouchement. Un canon, comme disent les mâles, terme que nous les femmes n'apprécions guerre, pardon guère, pas plus d'ailleurs que l'objet, surtout lorsqu'on vient de mettre au monde un enfant. Chair de notre chair, chair à canon, association insupportable.

 

- Madame, je pourrais voir la rougeur sur le sein et aussi votre cicatrice?

 

En moins d'une minute elle était en tenue d'Eve, debout dans son salon sans rideaux, moins gênée que moi.

 

- Que faites-vous dans la vie, Madame? je demande pour faire un peu diversion en effectuant les contrôles d'usage.

 

- Danseuse de cabaret mais j'ai dû donner ma démission en début de grossesse.

 

On comprend, la danse du ventre avec un petit passager à l'intérieur, pas idéal!

 

Je me demande d'ailleurs pourquoi les patrons de telles boîtes – c'est le mot – n'offriraient pas la contraception gratuitement à leurs employées, vu qu'ils se font des gros sous sur le dos des ventres plats… Non?

 

Inversement, lorsque l'accouchée vient d'un pays où le port du voile est recommandé pour ne pas dire obligatoire, mieux vaut mettre des gants, au propre comme au figuré:

 

- Il faudrait relever la tunique encore un tout petit peu, Madame, voilà, presque, encore un tout petit peu… C'est bon, j'ai vu, vous pouvez tout redescendre.

 

Ne sourions pas trop vite, les gravures de la Renaissance que nous possédons montrent la parturiente vêtue d'une épaisse couche de jupons, assistée de matrones se gardant bien de regarder là où pourtant elles devraient, c'est-à-dire là où se déroule l'action. Et la Renaissance, à l'échelle du temps, c'était hier!

 

Vous voulez une opinion toute personnelle?

 

Entre le string et le voile, je préfère... Ni l'un ni l'autre; ni camp de nudistes, ni monastère.

 

Et vive les jolis tissus colorés, courts ou longs peu importe, mais qui nous rappellent que le printemps vient d'arriver avec une nature qui, elle, n'a rien à cacher…

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