Coktail tropical
CHRONIQUE | 11:19 Une naissance est toujours un intense moment pour une mère. Et parfois stressant, aussi, en cas d'adultère. Histoire vécue par notre chroniqueuse sage-femme.
Lila Sonderman, sage-femme. | 16-04-2008 | 11:19
Il arrive parfois que les circonstances dans lesquelles la cigogne vient déposer son colis parasitent quelque peu la joie des futurs parents...
Un soir, en salle d'accouchement, je prends en charge une jeune femme métissée venant d'une île exotique lointaine. Son mari, un grand lord anglais aux cheveux grisonnants, haut-fonctionnaire, affiche le double de son âge. Cet homme m'impressionne par sa courtoisie très britannique. Je me dis qu'elle a vraiment trouvé une perle rare tant il est prévenant et paternel à son égard. Une épaule solide sur laquelle s'appuyer comme on en rêve toutes!
Tandis que je m'occupe de la future mère, il fait des va-et-vient entre la salle de travail et la salle d'attente où est assis le frère de son épouse. Ce dernier semble préoccupé par l'accouchement de sa soeur. Comme un seul proche est autorisé à pénétrer dans le "sanctuaire", le mari se charge de faire l'agent de liaison. Le frère ressemble beaucoup à sa soeur hormis la couleur de peau un peu plus foncée: mêmes yeux, mêmes cheveux noirs. Prostré sur sa chaise, il fume cigarette sur cigarette. Tableau touchant. Certains maris sont moins impliqués que ça! Les heures passent, les médecins décident d'une césarienne. Alors que je pousse son lit vers le bloc opératoire, la patiente m'agrippe soudain le bras.
«J'aimerais vous demander quelque chose. Pourriez-vous bien regarder mon bébé et venir me dire comment il est avant de le montrer à mon mari»
«D'accord, mais qu'est-ce qui vous inquiète exactement?»
Mes neurones de l'intuition commencent à s'agiter ; je pressens le pire puis me rassure avec la pensée que l'Institut Génétique n'est que de l'autre côté de la rue. Dans le mille.
«Je vais vous le dire. Le monsieur qui est en salle d'attente n'est pas mon frère, c'est mon amant. Mon mari ne le sait pas. Et moi je ne sais pas qui est le père du bébé.»
La pauvre semble de plus en plus tourmentée. Au théâtre de boulevard, on rirait, là c'est les larmes aux yeux qu'elle affronte ce dernier compte à rebours.
Je lui promets que je lui donnerai mon avis mais qu'il faudrait sûrement traverser la rue pour quelques examens complémentaires.
J'ai pris le bébé dans un linge chaud et l'ai amené au pédiatre. Pendant que celui-ci l'examinait médicalement, moi j'essayais de le faire «ethniquement», et franchement, c'était mission impossible. Dans mon esprit souffrant d'illogisme, l'équation était la suivante: un café au lait auquel on rajoute soit du lait soit un peu de café reste un café au lait. Ce joli bébé dodu était métissé, un point c'est tout.
La mère en salle de réveil m'a avoué toute l'histoire, soulagée de se confesser. Elle avait rencontré son mari dans son île natale et celui-ci l'avait demandée en mariage très peu de temps après. J'ignore si elle était ou non amoureuse de lui. Ce qui est sûr c'est qu'elle n'avait pas oublié son amour local qu'elle s'est empressée de faire venir en Suisse, le faisant passer pour son frère auprès de tous, y compris de son naïf de mari. Celui-ci partait travailler tous les matins, soulagé de ne pas laisser seule sa jeune épouse dépaysée! Je ne sais pas comment s'est terminée l'histoire. Sûrement comme se termine un vaudeville.
"Tu ne commettras pas d'adultère" était un commandement, pas une suggestion. Sans doute était-ce pour nous éviter de telles affres
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