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Coeur brisé, rein à prendre

CHRONIQUE | 07:00  Chaque jour, un clin d'oeil sur la petite actualité féminine de la planète...






Etienne Dumont | 12-01-2009 | 07:00

«Je t’ai donné mon cœur», chantait-on naguère dans «Le Pays du sourire», une opérette qui ferait aujourd’hui grincer des dents. La chose est permise. Il s’agit d’une métaphore. Peut-être faudrait-il dire «c’était» depuis qu’un certain docteur Christian Barnard a passé par là en 1967. Avec ce champion de la transplantation cardiaque, aujourd’hui décédé, on risquait de se retrouver dépourvu de l’organe sans avoir perdu pour autant ses sentiments.

 

 

 

Vous vous demandez sans doute où je veux en venir. Eh bien voilà! Un homme, qui souffre de peine de cœur, demande à son ex-épouse de lui rendre un rein. Je m’explique. Un chirurgien de Long Island, banlieue chic de New York, avait fait don à sa femme d’un de ses reins. Il ne s’agissait pas là d’un cadeau de Noël, glissé quelque part sous le sapin. La malheureuse souffrait d’un mal grave, qui ne pouvait se voir soulagé que par un changement radical. La tuyauterie humaine est encore plus capricieuse que celle de votre salle de bains.

 

 

 

Seulement voilà! Madame a trouvé depuis le véritable homme de sa vie. Elle a commencé par tromper son époux, comme dans le théâtre de boulevard. Elle a ensuite demandé le divorce. Puisque nous sommes aux Etats-Unis, cela peut rapporter gros. Le juge lui a donné raison. Les Batista se retrouvent aujourd’hui séparés de corps de compte en banque.

 

 

 

De compte en banque? Pas tout à fait. Richard, le mari, veut maintenant récupérer le rein que Dawell a bien entendu emmené avec elle, en même temps que ses peluches et ses manteaux de fourrure. Il lui intente donc une action en justice. Le trémolo a trouvé sa place aux côtés d’arguments sonnants et trébuchants. Comme l’explique clairement l’avocat de monsieur, «mon client ne veut pas vraiment le rein, mais sa valeur.» Vous saurez donc ce que vaut la chose. Elle est estimée par le plaignant 1,5 million de dollars. A ce prix, le plat de rognons risque de devenir le mets le plus cher du monde.

 

 

 

Et après? Après, l’ardoise sera effacée. Dawell conservera quelque chose de son ex-mari. Une chose qu’elle transportera toujours avec elle. Mieux qu’une photo dans le portefeuille. Un fragment humain. Quant à Richard, il continuera, selon ses termes mélodramatiques, à avoir «le cœur brisé». De toute manière, il se recollera bien un jour avec 1,5 million de dollars en poche. Surtout à l’heure d’aujourd’hui dans la conjoncture américaine. L’argent n’est-il pas la rustine du sentiment?


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