Vous le savez sans doute déjà. La blonde Anna Nicole Smith va faire l’objet d’un opéra. L’œuvre se verra créée au Royal Opera House de Londres en 2011. L’intéressée aurait sans doute bien aimé jouer «la» fantôme de l’opéra. Voilà qui aurait assouvi les ambitions sociales de cette Américaine bon teint! Un seul problème. La dame nous a quittés en 2007. S’il faut souffrir pour être beau, sans doute convient-il aussi de mourir jeune afin de demeurer éternellement célèbre. Eternellement… Vous vous souvenez d’Anna Nicole, tout de même? C’est qu’à notre époque, tout glisse si vite, le temps d’un zapping. Eh bien, il s’agit d’une plantureuse personne. Disons que si même si ses seins n’étaient pas totalement à elle, la bimbo possédait assez de coffre pour chanter Rossini ou Wagner. Mais Anna Nicole préférait le coffre-fort. Voilà qui vous soutient mieux une pauvre femme que la meilleure des gaines compressives. Anna Nicole a incarné le rêve américain dans ce qu’il avait de plus fort et de plus dérisoire. Vickie Lynn Hogan est née au Texas, en 1967. Elle a cinq frères et sœurs. Le père abandonne tout ce petit monde quand elle reste encore enfant. Pour sortir de Mexia, le trou du cul du monde, version Nouveau Monde, Vicky épouse un acteur de second ordre. Ils ont un fils, puis se séparent afin de respecter les lois du genre et de la série. Poussée par un photographe, autre type d’individus mythiques, Vicky devient Anne Nicole et prend des kilos. Elle fait du strip-tease, avant de se retrouver «Miss Mars 1992» dans «Play-boy». On reste en plein rêve, même s’il s’agit d’un rêve bas de gamme. En 1993, c’est le coup de chance d’un côté, et celui de folie de l’autre. Presque nonagénaire, le milliardaire J. Howard Marshall passe la bague au doigt de cette vulgarissime personne, ne serait-ce que pour ennuyer (j’ai failli risquer un ou deux autres mots) sa très bien-pensante famille. Le mari meurt à l’usure, ou à l’usage. Ses enfants attaquent une veuve peu exemplaire, accusée notamment de harcèlement sexuel sur le chauffeur. Ils veulent la priver du tout-petit 1,6 milliard de dollars auquel elle a droit. La bataille juridique commence. Elle va durer dix ans et épuiser la (fausse) blonde, qui se dispersera de télé-réalité en photos de charme. En 2006, Anna Nicole accouche d’une fille que s’attribueront de nombreux pères, dont le xième époux de Zsa-Zsa Gabor (1). Alors qu’il était venu voir l’accouchée à l’hôpital, son fils de 20 ans meurt dans les toilettes de la chambre maternelle. Overdose. On imagine d’ici le grand air du futur opéra. A côté «casta diva», ce sera de la gnognotte. Mais Anna Nicole succombe elle-même à la dépression. Elle se suicide, dans des circonstances peu claires, en 2007 à Hollywood. Avec un bémol cependant. Il s’agit de Hollywood Floride et non de Hollywood Californie. Certains s’étonnent aujourd’hui qu’une telle existence puisse faire l’objet d’un opéra Mais Marc-Anthony Turnage a mille fois raison de se mettre à composer, chères amies! Il y a ici tout, tout, tout ce qui peut faire de l’art lyrique. De la démesure. Du sexe. De la mort. Et en plus, la prima donna pourra (presque) se produire avec le format de Montserrat Caballe (2). (1) Aux dernières nouvelles, Zsa-Zsa, Miss Hongrie 1938, vit toujours. (2) Soyons justes. Pressentie, Eva Maria Westborek, n’a rien d’une grosse dondon.
Le grand air d'opéra d'Anna Nicole Smith

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