Attention, le droit à l’avortement est désormais mis à prix ! Une initiative populaire, lancée le 26 janvier, demande que l’interruption volontaire de grossesse (IVG) ne soit plus prise en charge par l’assurance de base. C’est que, comprenez-vous, le coût des avortements serait exorbitant.
Cet argument des coûts sent un peu le coup fourré. Car le taux d’avortement en Suisse est le plus bas d’Europe, qui plus est en diminution : 6,5 pour mille femmes, contre 17,2 en France. Du coup, les IVG ne représentent que 0,02% des coûts de la santé ! Non, en réalité, ce que les initiant-e-s veulent à tout prix, c’est limiter, de fait, l’accès à l’avortement.
Ce droit si chèrement conquis des femmes à disposer de leur corps et à décider de leur vie a été consacré, au prix de longues discussions, par le régime des délais, adopté en 2002 par 72% du peuple. En cas de retour en arrière, le prix à payer serait lourd : inapte – c’est avéré – à faire baisser le nombre d’IVG, leur non-remboursement engendrerait par contre de « sales coûts ».
L’IVG deviendrait hors de prix pour les femmes défavorisées, et notamment les femmes migrantes. Conséquence pour ces femmes : une grossesse forcée, avec les coûts humains que cela suppose pour la mère non désirante et pour l’enfant non désiré -sans compter qu’une grossesse menée à terme coûte dix fois plus cher qu’un avortement… La porte ouverte au non-remboursement des prestations liées à la grossesse et l’accouchement ?!-.
Ou, autre « choix » possible, le recours à l’avortement clandestin, du retour des faiseuses d’anges aux IVG « par internet » : imaginez le coût des complications qui ne manqueraient pas alors de survenir, sans même parler du risque que ces opérations coûtent à ces femmes… leur vie !
La vie de ces femmes vaut-elle moins que celle de leurs consœurs plus riches qui pourront, elles, se payer le droit à la santé et à la liberté de choix ? La vie de ces femmes a-t-elle moins de prix que celle d’un être qui n’est encore qu’une hypothèse ? Et que vaudra la vie de cet être, s’il naît à n’importe quel prix ? Ces questions valent le coup qu’on s’y attarde un peu, avant de ruiner des vies pour des pseudo histoires de coûts.




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