La solitude de Paul Auster

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La publication d'un nouveau livre de Paul Auster est un toujours un événement pour moi. Il fait partie, comme Patrick Modiano, de ces auteurs dont j'attends comme une amoureuse le nouveau texte le cœur battant.
J'ai vécu, depuis plus de vingt ans, aussi bien sur les plages l'été qu'au coin de la cheminée avec ses textes, que j'ai l'impression qu'il est devenu, au fil du temps, un compagnon d'armes fraternel et si puissant psychiquement qu'il parvient à lever mes angoisses et me redonner le goût du lendemain lors des coups de blues.

 

Je me souviens même des lieux où j'ai lu ses livres et du climat psychologique dans lequel je me trouvais. Comme tout le monde j'ai commencé par la trilogie new -yorkaise puis par la musique de la vie, l'invention de la solitude étant un de ceux qui m'a le plus touché.
Le dernier, intitulé Seul dans le noir, tranche avec les reste de l'œuvre:
plus âpre, plus personnel, plus désespéré, plus poétique aussi.

 

L'architecture de ce bref roman évoque les variations d'une partition musicale et résonne en vous comme des fragments de poésie.
Jamais Auster n'a été si loin dans la description d'une Amérique où les gens vivent cloisonnés, encagés dans leur propre solitude. Une solitude qui touche trois générations.  
L'action se situe aujourd'hui dans le Vermont dans une petite maison: un grand-père cacochyme mais qui tente de ne pas le montrer vit avec sa petite fille qui vient de perdre son petit ami. Tous deux traversent, chacun à leur manière, une grave dépression que le grand-père va tenter de juguler de différentes manières: lui faire la conversation ou regarder des films sans discontinuer des jours entiers pour faire, en quelque sorte, disparaître le goût amer de la réalité. Ca marche, comme vous pouvez l'imaginer, plus ou moins bien. L'essentiel étant donc de ne pas se laisser couler.

 

Et c'est là, dans cette sensation intime que nous avons tous vécu, qu'Auster nous prend à la gorge et que l'émotion nous étreint. Auster quand il écrit, ne prend pas la pose, la littérature est pour lui une arme de survie et il ne raconte pas des histoires éloignées de ce que nous vivons même si, pour la première fois je crois dans son œuvre, il introduit, par fragments qui sont d'ailleurs terrifiants, des éléments de science-fiction.
On s'attache à chaque personnage et on les suit tentant de panser leurs plaies: le grand-père courageux, obstiné, tendre qui lutte contre ses insomnies et fait de sa perception de la vie une méditation philosophique, Miriam, sa fille blessée par un divorce douloureux et qui trouve apaisement dans la lecture de la poésie et cette post- adolescente, Katya qui vient de perdre son petit ami sur le front de l'Irak et qui songe à se suicider.

 

Car si ce texte est un roman familial, une méditation sur la solitude il est aussi un livre fortement engagé politiquement.
Et si, après le 11 Septembre, l'Amérique pouvait vivre encore et de manière encore plus atroce des évènements terrifiants?
Je ne vous en dirai pas plus pour ne pas casser le suspense, j'ajouterai simplement que ce n'est pas un hasard si le livre se clôt sur une citation du poète Hawthorne, comme un fanal dans le brouillard, comme un signe d'espoir par ces personnages cabossés par la vie. La phrase est celle-ci: et ce monde étrange continue de tourner...



Seul dans le noir, de Paul Auster. Ed.  Actes-Sud

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