La quatrième révision de la loi sur l’assurance chômage est plus que questionnable. D’accord sur la nécessité d’assainir ce pilier de notre sécurité sociale. Mais pour le reste, le projet adopté par le Parlement et prochainement soumis au peuple m’inspire ces quelques questions-ci.
1. Comment la majorité de droite, fière de son esthétique budgétaire, peut-elle parler de « symétrie des sacrifices » quand la modeste hausse des cotisations paritaires coûtera en moyenne 80 francs par an à chaque salarié-e, tandis que les coupes dans les prestations amputeront – toujours en moyenne annuelle – de 2000 francs la ressource vitale de chaque chômeur, de chaque chômeuse ?
2. Au-delà de la lisseur des chiffres, comment justifier que l’allongement de la durée de cotisation ou encore la baisse du montant et du nombre d’indemnités viennent frapper les chômeurs et chômeuses en pleine crise ? Est-ce le moment de taillader un filet social qui doit justement se déployer en période de basse conjoncture (témoin, la décision du Conseil fédéral d’augmenter les cotisations au 1er janvier 2011) ?
3. Derrière les fameuses moyennes, comment accepter que les mesures touchent plus durement certaines catégories de personnes déjà fragilisées sur le marché de l’emploi : jeunes, plus de 55 ans, gens du spectacle et femmes ? Celles qui voudront reprendre un emploi après une pause éducative ou un divorce y parviendront-elles plus vite grâce à la diminution à quatre mois de leur durée d’indemnisation ?
4. Pourquoi le Conseil fédéral vient-il de reconduire l’autorisation accordée à Neuchâtel d’accorder 120 indemnités de plus aux chômeurs et chômeuses de ce canton durement touché ? N’est-ce pas la preuve que cette mesure, aussi employée par Genève, mérite d’être sauvegardée, contrairement à ce que la révision propose ?
5. De quelles économies parle-t-on quand les coupes dans les prestations reporteront sur les cantons et les communes près de 300 millions de francs par an de frais d’aide sociale, qui seront financés par les contribuables ?
6. Last but not least : pourquoi charger les victimes de la crise et épargner les responsables ? Pourquoi les chômeurs et chômeuses devraient-ils casquer pour éponger le déficit provoqué par la crise – et une vision peu responsable d’autorités qui ont baissé trop vite les taux de cotisation, il y a quelques années – quand les hauts cadres de la finance ou d’ailleurs ne cotisent que sur une faible part de leur revenu (en dessous de 126'000 francs), contrairement à vous et moi ?
Le déplafonnement de la cotisation, comme dans l’AVS et l’AI, offrirait une alternative solidaire à la présente révision. Et une alternative solide : l’assurance chômage aurait alors 600 millions de recettes supplémentaires. Un chiffre équivalent aux économies faites sur le dos des chômeurs dans cette révision-ci. Une révision qui doit donc être révisée : renvoyons au Parlement sa copie le 26 septembre prochain ! Il n’y a pas le feu au lac : les cotisations doivent de toute façon augmenter au 1er janvier, ce qui permet d’éviter de laisser l’assurance chômage dans les chiffres rouges et de remettre l’ouvrage sur le métier, pour une révision réellement équilibrée.
Liliane Maury Pasquier, conseillère aux Etats




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