Vous savez ce qu’est le col du fémur. Ou plutôt, vous ne le savez plus. Il y a une cinquantaine d’années encore, le casser signifiait un peu la fin. Innombrables restaient les vieilles dames à s’en aller, après avoir ne serait-ce qu’ébrécher le précieux col. Et les vieux messieurs, alors? Eh bien eux étaient généralement morts depuis longtemps. Il suffit de comparer le nombre des veufs et des veuves. Et on ose parler d’égalité… Aujourd’hui, c’est bien fini. Il s’agit presque d’un mal bénin. Une femelle gorille de 8 ans vient ainsi de se faire opérer à Poitiers. Et par un vrai chirurgien, je vous prie de le croire! Le professeur Louis-Etienne Gaillet en demeure tout ému. «C’était la première fois que j’intervenais sur un animal.» Notez que du côté format, notre homme n’a pas dû se sentir trop dépaysé. A 8 ans, Kwanza près 70 kilos, «et son col ressemble à celui d’un être humain.» Mais que s’était-il passé? Eh bien Kwanza vit dans la «Vallée des singes» de Romagne. La France comptant peu de savanes, même si elle possède un désert à Retz, il s’agit là d’un parc animalier. Kwanza était montée sur un arbre. Après tout, il lui faut bien jouer son rôle de primate pour faire plaisir aux enfants. Pas de chance! La bête est tombée de sa branche devant tout le monde. Et crac! Elle s’est retrouvée le fémur sinon à l’air, du moins en capilotade. Le vétérinaire du parc ne disposait pas du matériel voulu. Il fallait faire quelque chose, et vite. Le toubib pour animaux a donc téléphoné à son confrère du CHU. Celui-ci a un peu hésité. C’est l’âge tendre de Kwanza qui l’a fait céder. Ne voyez pas là une chose immorale, dans le genre de celles qui alimentent en ce moment les gazettes. «Il est bien plus aisé d’opérer un sujet jeune.» L’animal se trouve aujourd’hui «en convalescence» pour trois mois. L’histoire ne précise pas si on l’emmènera voir le Futuroscope de Poitiers, où il ferait sans nul doute sensation. Ce serait vraiment «La planète des singes» pour de vrai. Kwanza retournera ensuite dans sa Vallée. Avec sa plaque en inox de quinze centimètres et sa vis de huit. La vie continue, «à moins qu’il ne se produise des complications.» P.S. J’aurais pu vous raconter à la place l’histoire de la tatouée de 99 ans. Une certaine Mimi Rosenthal a enfin franchi le pas à cet âge avancé. C’était il y a deux ans. Rebelote pour son centenaire en 2009. Aujourd’hui, Mimi se tâte. Elle voudrait un troisième motif. Et où donc? «Sur les fesses.» Que voulez-vous? Le grand âge se révèle parfois libérateur…
La femme gorille et le col du fémur

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