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La dernière des Bo s'est fait la malle

| 17:16  La petite acualité insolite féminine de la Planète






ÉTIENNE DUMONT | 08-02-2010 | 17:16

Il faut une fin à tout. Notez que cela peut prendre du temps. Il y avait ainsi soixante-cinq mille ans que les Bo (aucun rapport avec Bo Derek) vivaient sur les îles Andaman, quelque part dans l’océan Indien. Et bien l’une des tribus vient de s’éteindre. Son dernier membre est décédé. Il avait aux alentours de 85 ans. Comme vous l’avez déjà compris, et ainsi que le veut la logique, il s’agit d’une femme. Le sexe faible est en grande partie formé de veuves et de survivantes.

 

 

Les Bo n’ont jamais été nombreux. A une époque où l’on aime bien compter en milliards, ils approchaient les 5000 individus au moment de la colonisation britannique. Autrement dit en 1858. Là, comme partout, les choses se sont mal passées. Le colonisateur est un monsieur (il y a peu de dames avec eux) qui amène avant tout des maladies. La plupart des Bo avaient donc succombé à des maux qui leur restaient jusque-là inconnus, autrement dit épargnés.

 

 

Comme dans «Astérix», il avait cependant survécu quelques villages d’irréductibles. Les Bo se maintenaient ainsi au milieu de neuf autres tribus, tout aussi restreintes. Chacune d’elles pouvait ainsi conserver sa langue. Vous voyez qu’en ce bas monde, on peut faire plus restreint encore que les trois versions de notre romanche grison. Après la décolonisation, les Indiens se sont substitués aux Anglais. C’est eux qui faisaient, si l’on ose dire, bouillir la marmite dans les îles Andaman.

 

 

Inexorablement, comme dans les «Dix petits Nègres» d’Agatha Christie ou comme avec les poilus de Verdun, les Bo n’en finissaient cependant pas de disparaître. Plus que six. Plus que cinq. Plus que quatre. Restait finalement, solitaire, Boa S. Seule de son espèce, elle restait par ailleurs faiblement entourée. Les recensements ne doivent pas prendre ici beaucoup de temps. Les Grands Andamais, toutes espèces confondues, seraient aujourd’hui 52.

 

 

N’empêche que Boa prenait de l’âge. Et elle restait l’unique locutrice, comme on dit en termes savants, capable de maîtriser sa langue. Autant dire qu’elle trouvait étroitement surveillée par Survival International. Encore un idiome menacé de passer à la trappe!

 

 

Eh bien, c’est aujourd’hui chose faite. Nul ne parlera plus le Bo, à moins de vraiment vouloir l’apprendre à partir des enregistrements réalisés. «Une part unique (c’est le cas de le dire!) de la société humaine n’est plus qu’un souvenir», a déclaré Stephen Cory, le directeur de l’organisation. «On ne doit pas permettre que cela arrive aux autres tribus des îles Andaman».

 

 

Oui. Mais comment faire? Boa l’octogénaire était pourtant une solide. La preuve! Lors du tsunami de 2004, c’est elle qui a appelé au calme. «La terre va s’ouvrir. Ne fuyez pas. Ne bougez pas.» Et les gens autour d’elle ont survécu…


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