«Je suis une directrice atypique. Alors, pourquoi ne pas continuer?» Anne Bisang parle avec précision. Au moment d’évoquer son avenir, elle nous donne rendez-vous à la gare de Cornavin. Les départs ont un contexte. Celui qu’elle prépare, après 12 ans passés à la tête de la Comédie de Genève, ne s’improvise pas. «Je suis une femme de projets. Durant mon mandat, avec mon équipe, nous avons ouvert ce théâtre sur la cité. Cette expérience, je souhaite la mettre au service d’une autre institution. Plus grande, plus petite? A voir. J’ai l’intention de poursuivre le travail que j’ai initié avec des artistes d’ici, et de postuler à Genève, en Suisse romande ou à l’étranger».

Affiche d'Eva Rittmeyer. Photo Pascal Frautschi
Le théâtre du Grütli, celui de Vidy ou encore Le Passage (Neuchâtel)… Anne Bisang laisse toutes les portes ouvertes. A 18 mois de son départ, elle dit se concentrer sur sa dernière saison et le spectacle qu’elle y montera: «L’honneur perdu de Katharina Blum». On est loin de «Sorcières», la création qu’elle souhaitait de rupture, et qui avait ouvert sa première saison, il y a 12 ans. «J’ai acquis une certaine sérénité. Mais je n’ai pas perdu l’engagement. Ma force, je crois, c’est de ne pas m’être identifié à cette fonction. J’ai réussi à partager cet outil, à faire en sorte que d’autres se l’approprient.»
A près de 50 ans, Anne Bisang n’a en effet rien d’une notable. Son sac sur le dos, elle conserve un air d’adolescente, prête au départ. Bien sûr, elle aurait souhaité prolonger son mandat. Le métier qu’elle a choisi, lorsqu’elle était enfant, et auquel personne n’a pu la faire renoncer, n’a rien de confortable, au-delà d’un certain âge.
La timidité comme un balluchon
«Lorsque j’étais petite déjà, j’aimais le théâtre. La légende familiale veut qu’un soir de Noël j’aie refusé de chanter sous le sapin. Ma sœur (l’animatrice de radio Laurence Bisang. Note de la rédaction), plus volubile, plus extravertie que moi, s’était, elle, remarquablement acquittée de l’exercice. A partir de ce moment-là, à chaque fois que je voyais un sapin, impossible de me retenir: je me plantais devant et chantais à tue-tête. Au-delà de l’anecdote, je pense avoir saisi l’impact que pouvait avoir le théâtre: celui de me faire sortir de moi.»
Sa timidité, Anne Bisang l’a longtemps traînée comme un balluchon. Elle a grandi entre le Japon et Beyrouth au Liban. «Mon père, était délégué de la Fédération horlogère suisse. Ma mère nous élevait. Ma sœur aînée a ouvert la voie. J’ai vécu une enfance protégée et heureuse. Mais chaque déménagement a été un déchirement». La directrice dit aujourd’hui devoir à sa mère la confiance qui la porte. Et à son père, l’ambition qui la motive. «Je n’ai jamais eu de problèmes avec l’ambition», note-t-elle. «Elle correspond à la place que l’on accorde à ses désirs.»

Anne Bisang avec le metteur en scène Dorian Rossel qui met en scène "Souçons" à la Comédie.
Photo Hélène Tobler
L’heure des départs est aussi celui des bilans. Durant ces douze années, la critique n’a pas été toujours tendre avec les productions d’Anne Bisang. Reste que le théâtre a trouvé sa place. Parmi les spectatrices assidues, Ruth Dreifuss, ex conseillère fédérale et ministre de la Culture. «La Comédie est devenue un lieu d’accueil, de débat extrêmement vivant. Anne Bisang a su aller à la rencontre de son public. Elle a construit un théâtre citoyen et d’une grande exigence artistique. Exemplaire? Je me méfie du mot. Mais disons qu’il pourrait être un modèle pour plusieurs lieux de création».
Hors des limites
La soif du débat politique a certes donné des ailes à la directrice. Le conseiller d’Etat radical François Longchamp tresse lui aussi des couronnes: «Anne Bisang a démontré qu’un théâtre n’est pas un lieu fermé sur la représentation. J’admire la pugnacité avec laquelle elle défend ses opinions et le monde culturel dans son ensemble. C’est une femme de conviction à la capacité de travail extraordinaire. Sa direction l’a transformée. A l’évidence, elle est aujourd’hui plus épanouie. Dommage de se priver des compétences d’une artiste qui apparaît dans la plénitude de ses moyens.»

Les artistes défendent leur droit devant la presse à la Comédie. Photo Olivier Vogelsang
Une voix originale
Les politiques chantent les louanges. Le public, lui, applaudit. La saison dernière, l’institution du boulevard des Philosophes affichait un taux de fréquentation de 80% environ. Anne Bisang, connue dans le seul milieu du off genevois il y a 12 ans, a indéniablement tenu son pari. «On me reproche souvent de ne pas faire tourner les spectacles, c’est faux! Mais il est vrai que les tournées sont cadenassées par quelques théâtres.»
La femme ne craint pas de hausser le ton. Petite-fille de militants socialistes veveysans, elle sait transformer ses convictions en bataille. La Radio suisse romande a d’ailleurs saisi cette formidable propension qu’elle a d’appréhender l’espace public. Et lui a offert une chronique hebdomadaire. «Elle a un regard perçant et une voix originale», souligne Patrick Nussbaum, directeur de l’information et rédacteur en chef de la RSR. «Elle fait très bien le pont entre le milieu culturel et la société. Avoir des idées, c’est bien. Encore faut-il les écrire et savoir les communiquer».
Ses billets agacent ou séduisent… Patrick Nussbaum assume: «Le propre des chroniques, c’est de toucher juste et non de laisser dans l’indifférence».
La voix s’est imposée peu à peu. Parmi ses combats, certains sont plus heureux que d’autres: la libre circulation des personnes, la création d’un monsieur Bideau pour le théâtre suisse… Ou encore la lutte contre l’homophobie. A ce titre d’ailleurs, la directrice de la Comédie n’a jamais caché son homosexualité. «Dans le monde du spectacle, souvent basé sur des relations de séduction, il s’agit encore de vaincre un tabou», lâche-t-elle. Autre cheval de bataille? Le féminisme. Une lutte jamais finie, selon elle, à laquelle elle s’est aguerrie très jeune, à l’époque où elle fréquentait Christiane Brunner dans son cercle au Café Papon à Genève. Signe de son attachement indéfectible à la parité homme-femme? Anne Bisang a programmé sa fête d’adieux à la Comédie le 14 juin 2011. «Une date clé et joyeuse qui célébrera les 20 ans de la grève nationale des femmes».

Café papon à Genève en 1993. Photo Christian Murat


Comment rebondir à 50 ans après avoir dirigé l’une des principales institutions de la place ? « Peut-être devrait-elle se lancer dans la politique? », suggère Laurence tout en comprenant que sa cadette ne puisse mettre point final à sa carrière artistique.
Pour l’heure, Anne Bisang dit avoir confiance. Le sac est devenu plus léger et elle redoute moins les déménagements. Elle court vers l’entrée des TGV en partance pour Paris. «Je fais mon travail», glisse-t-elle encore sur le quai. «Je rencontre des artistes. Je vois des spectacles. Et je suis chaque jour émerveillée par le métier que je fais. »
PROFIL
Fonction: directrice de la Comédie de Genève
Formation: Ecole supérieure d’art dramatique au Conservatoire de Genève
Etat civil: en couple
Age: 48 ans
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La chroniqueuse à la RSR n'est autre que sa soeur Laurence Bisang. C'est sans doute pour cela que ses chroniques vous laissent sceptique.
Je ne connais pas le travail
Je ne connais pas le travail de mme Bisang à la Comédie mais ses chroniques à la TSR me laissent sceptique. Entre celles dédiées à la lutte féministe et celles qui concernent le manque de deniers pour la culture, je trouve que c'est un peu court pour quelqu'un qui ne cache pas ses prétentions à être au dessus de tous les problèmes futiles, xéhophobie, insécurrité, indigence des autorités politiques, etc., qui préoccupent le bas peuple! Je ressens ses propos comme ceux de tous les gens de gauche, tout attendre de l'état pour faire uniquement ce qu'elle considère comme important et critiquer acerbement ceux qui n'adhèrent pas à ce genre d'idéal! Je trouve dommage car c'est sans doute une personne très bien.