Les vacances me fatiguent. Chaque année, c’est pareil : impossible de se laisser aller, vivre ou simplement être. L’obligation de paraître nous poursuit, nous femmes, dans nos randonnées de montagnes, et s’abat sur nous à la plage. La dictature du corps parfait ne nous laisse aucun repos.
Un corps parfait, pas refait ou si, là n’est pas la question. Ce qui compte, c’est le résultat. Un corps bronzé, mince et musclé. Un corps sans âge et sans âme, sans ride et sans rire, sans poil et sans poivre, inhumainement, tristement lisse. Un corps comme photoshopé, où les gouttes d’eau tiennent toutes seules.
C’est ce qu’il nous faudrait montrer, dans nos shorts ou dans nos maillots. L’aboutissement normal d’une performance minimale, qui nous verrait depuis des mois peaufiner notre ligne, tout en restant branchées à celle du bureau, occupées à gratter celles de crasse sur nos carreaux, et soucieuses d’empêcher que nos marmots n’en sniffent d’autres. Tout ça pendant que les hommes pêchent à la leur… Difficile, démentielle quadrature du cercle !
Votre peau d’orange vous dérange ? Votre cellulite vous irrite ? Vos vergetures vous torturent ? Pas facile, il est vrai, d’échapper aux diktats en cours ! Pas évident, c’est sûr, de tout miser sur la beauté du cœur ! Légitime, c’est certain, de vouloir être belles (de corps aussi, si, si !) !
Mais gageons que le jour où hommes et femmes seront égaux sous le soleil, la beauté changera de visage. Ça ne fait pas un pli, pas même une ridule : le partage des pouvoirs et le partage des tâches apporteront aux femmes ce qui manque à leur teint. Un peu plus d’épanouissement professionnel, un peu moins de soucis domestiques, et vous verrez notre éclat ! Quant aux hommes, ils auront, comme nous, les mains un peu usées d’avoir frotté les sols. L’heure du partage des taches… L’heure, aussi, sans rancune aucune, des poignées d’amour partagées.
Comme quoi, la beauté est politique : le combat pour l’égalité est nécessaire pour que, nous femmes, puissions un jour prendre de vraies vacances. Cela dit, j’ai exagéré : les vacances que j’ai la chance d’avoir me reposent quand même, elles me sont même nécessaires pour reprendre la force voulue à poursuivre mon engagement. J’aimerais juste que, pour nous toutes, elles ne soient plus entachées de cette futile mais pesante injonction de garder la ligne. Point à la ligne.
Maria Roth-Bernasconi, conseillère nationale




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