La Suisse se lance dans la guerre aux sachets en plastique
ECOLOGIE | 10:54 Trois cantons et le Conseil national vont se prononcer sur une interdiction des sacs en plastique gratuits dans les magasins. Vers un changement d’habitude en Suisse?
Emmanuel Barraud | 03-07-2008 | 10:54
Le geste est rapide, précis, automatique. Sitôt la transaction achevée, la main de la vendeuse ou du vendeur plonge sous le comptoir, saisit un sachet plastique, y glisse les emplettes – même s’il ne s’agit que d’une pauvre paire de chaussettes. «Non merci, ce n’est pas nécessaire», faut-il alors protester si l’on veut faire un effort écologique. Au risque, hélas, de voir parfois ledit sac, désormais déplié, filer tout droit à la poubelle…
Cette habitude tenace appartiendra peut-être bientôt au passé. En retard sur la Chine et la France, trois cantons suisses ont ouvert la voie d’une contestation, via le canal politique. Suite à des motions déposées au Tessin en novembre dernier, puis à Berne et dans le Jura plus récemment, les députés auront à se prononcer sur l’interdiction de la distribution des sacs en polyéthylène.
Pétrole gaspillé
A l’initiative du Fribourgeois Dominique de Buman, le Conseil national devra également se prononcer. «Parce que du pétrole et de l’énergie sont utilisés pour fabriquer ces objets que l’on n’utilise que quelques minutes, alors qu’on ferait mieux de réserver ces précieuses ressources à des produits plus durables, explique le vice-président du PDC suisse. En outre, ils sont trop fins pour générer un réflexe de recyclage et se retrouvent dans la nature, ou dégagent de la dioxine lorsqu’ils sont incinérés.»
Autant d’arguments qui n’ont pas échappé à la France, qui aura éradiqué les sacs – dont elle était pourtant une adepte caricaturale – d’ici à 2010, ni à la Chine, où ils sont officiellement en voie de disparition. «Beaucoup de pays dits émergents, notamment en Asie, suivent le même chemin», se plaît à souligner le député. Qui juge «absurde», du coup, la position du gouvernement bernois: celui-ci recommande en effet de rejeter la motion cantonale, arguant que ces sacs ne représentent que 2% des déchets, et que ceux qui sont biodégradables n’ont pas un meilleur bilan écologique.
Cette position semble toutefois d’autant plus difficile à tenir que le mouvement d’opposition à ces cornets se généralise, à l'étranger comme en Suisse. Sur Vaud par exemple, la forme que les Verts donneront à leur proposition est à l’étude.
Réfléchir sur le suremballage
Quant à la Fédération romande des consommateurs, elle va même plus loin: «C’est toute une réflexion critique sur le suremballage qui doit être menée, estime sa présidente, Monika Dusong. En général nous sommes réfractaires aux interdictions, mais pour ces petits sacs elle se justifie.»
Avant d’y être contraints, les grands distributeurs se montrent toutefois réticents à y renoncer (lire ci-dessous). Surtout au rayon des fruits et légumes. Dominique de Buman, lui, propose de «revenir aux sacs en papier que l’on utilisait autrefois dans les épiceries» pour emballer les primeurs.
Si la Suisse suit ce mouvement antisachets, il s’agira donc de renoncer à cette idée du «progrès» qui chantait «le plastique, c’est fantastique». Et de revenir aux bonnes vieilles méthodes en constatant que, finalement, elles n’étaient pas moins efficaces.
«L’interdiction conduirait à préemballer les produits»
Selon les grands distributeurs Coop et Migros, les sachets en plastique sont un moindre mal. Chez Coop, 28 millions de sacs en papier pour 8 millions de sacs en plastique sont vendus aux caisses chaque année. Chez Migros, on atteint 38 millions de sacs en papier et 15 millions pour la version plastique.
«La motion concerne aussi les sachets que l’on utilise par centaines de millions pour emballer les fruits et légumes. C’est impossible d’interdire ces sacs! Il faut qu’ils soient transparents pour qu’on puisse s’assurer que le contenu correspond au prix de l’étiquette, et ils doivent être étanches», réagit Karl Weisskopf, porte-parole de Coop. De même, ceux distribués aux caisses sont nécessaires, estime-t-il.
Même son de cloche chez Migros. La chaîne n’entend pas éliminer les petits sacs, «ce service indispensable pour emballer les petits achats», à moins d’y être contrainte. Quant aux sachets utilisés pour la vente en vrac, «ils sont de toute façon beaucoup moins polluants que les légumes préemballés». Car, acquiesce Karl Weisskopf, l’interdiction conduirait forcément à préemballer les produits. «Ce n’est pas la solution idéale», déplore-t-il. Pas davantage que le plastique biodégradable.
«Nous avons analysé les bilans écologiques. On peut fabriquer des sacs transparents à base d’amidon de maïs. Mais avec un bilan similaire à celui du polyéthylène, qui nécessite d’ailleurs davantage de matières premières.» Et le même inconvénient que le bioéthanol: une hausse des prix inévitable.
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