Frauder le fisc c’est mal. Voler des données c’est criminel. Le gouvernement allemand semble croire qu’il peut acheter des données volées pour attraper des fraudeurs du fisc de façon tout à fait respectable. Comme quoi la fin justifierait les moyens…
Mais nous commençons à glisser sur la pente savonneuse. Le régulateur encourage les banques à permettre aux employés de dénoncer des manœuvres douteuses de façon anonyme. Cela s’appelle « whistleblowing » et permet une sorte d’autocontrôle : on peut tirer la sonnette d’alarme à l’interne prendre les mesures de correction nécessaires avant que les médias ne s’en emparent . Certains actes doivent même être annoncés au régulateur, qui peut demander une suite pénale (le délit d’initié tombe dans cette catégorie). Il y a aussi des règles de protection pour ceux qui dénonceraient des actes illicites. Il faut un certain courage moral pour prendre position et dénoncer un comportement suspect d’un collègue ou d’un supérieur.
Mais quand on incite les employés à dénoncer à l’extérieur par des incitations monétaires, la motivation n’est pas la même. C’est une sacrée atteinte au secret des affaires, et n’importe quel collaborateur peut voler des fichiers avec une simple clé USB. La pratique est courante aux Etats-Unis. Le gouvernement américain encourage les collaborateurs de leurs fournisseurs à annoncer les irrégularités et leur donnent un pourcentage de l’argent récupéré. On pourrait parler d’une démocratisation de la brigade criminelle, s’il n’y avait pas le côté « appât du gain ».
Il ne faut pas se leurrer. Si un gouvernement achète des données volées il rend respectable l’acte de vol. Et ceci va encore fragiliser les liens entre employeurs et employés, dont la loyauté de part et d’autre est déjà très malmenée par la crise.

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