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Madoff et arnaque du siècle: peanuts pour les victimes

| 08:52  Quelle que soit la peine ferme prononcée aujourd’hui, le financier new-yorkais de 71 ans finira ses jours en prison. Ses milliers de clients crient vengeance. Ils ne veulent qu’une chose: récupérer une partie des 13 milliards de dollars réellement confiés à Madoff.






Elisabeth Eckert | 29-06-2009 | 08:52

La foule sera dense, aujourd’hui, sur Foley Square à New York, qui jouxte le Tribunal de Manhattan. Bernard Madoff, en habits civils, viendra entendre la sentence que lui délivrera le juge de district Denny Chin, «un vrai dur», selon l’ancien maire de New York Rudy Giuliani. Les procureurs fédéraux ont d’ores et déjà requis une condamnation de 150 ans de prison ferme – la peine maximale – arguant du fait que «l’ampleur même de la fraude réclame une sanction sévère».

 

 

De son côté, l’avocat de Madoff, Ira Lee Sorkin, plaidera pour une certaine clémence: «En tenant compte de la reddition volontaire de mon client, de sa pleine reconnaissance de responsabilité, de ses efforts pour coopérer et de la nature non violente de son délit, une peine de douze ans serait suffisante. Elle serait juste en deçà de son espérance de vie qui est d’environ treize ans. »

 

 

La colère d’Elie Wiesel

 

 

Mais, de la clémence, personne n’en veut. A commencer par le Prix Nobel de la paix, Elie Wiesel, qui a investi 15,2 millions de dollars de sa fondation pour l’Humanité, ainsi que sa fortune personnelle (22 millions de dollars) dans le gigantesque jeu de l’avion de son coreligionnaire: «Je l’enfermerais dans une cellule, seul, avec un écran, pendant au moins cinq ans. Et, sur cet écran, chaque jour, chaque nuit, il y aurait des images de ses victimes, l’une après l’autre, disant toutes: Regarde, regarde ce que tu as fait à cette pauvre femme,regarde ce que tu as fait à ce pauvre enfant. Il ne doit pas échapper à ces visages…»

 

 

C’est que, comme le racontent les milliers de témoignages parvenus aux procureurs fédéraux*, il n’y a pas eu que des «riches» à confier leur argent à la société financière de gestion de fortune Bernard L. Madoff Investment Securities. Beaucoup, en réalité, ne savaient même pas que leurs avoirs étaient déroutés chez lui, ne connaissaient même pas son nom.

 


13 milliards envolés

 

 

En tout, selon l’instruction menée depuis six mois, ce sont 13 milliards de dollars qui ont afflué, depuis les années 80, chez cet homme. Un homme qui cultivait par-dessus tout la discrétion. Et qui, sur sa carte de visite, ne s’enorgueillissait que d’une chose: avoir été l’un des membres fondateurs du Nasdaq (la Bourse des valeurs technologiques américaines) et d’en avoir été vice-président. Treize milliards de dollars qui, s’ils avaient été placés même de façon très conservatrice, auraient rapporté entre 50 et 63 milliards de dollars aux investisseurs.

 

 

Mais voilà: depuis bientôt trente ans, Bernard Madoff n’a pas placé un centime — pas un seul! — sur une quelconque action ou obligation. Son «schéma de Ponzi», d’une exceptionnelle longévité, aura servi uniquement à puiser dans la caisse pour rémunérer ses investisseurs en intérêts (environ 12% par année), à rembourser rubis sur l’ongle ceux qui voulaient en sortir et, surtout, à rétribuer ses rabatteurs par de très confortables commissions.

 

 

Tous n’ont dès lors pas tout perdu, comme le démontrent les journalistes français Romain Gubert et Emmanuel Saint-Martin: «Prenons l’exemple d’Hadassah: le 15 décembre 2008, cette importante organisation de femmes soutenant des projets en Israël, annonçait avoir perdu 90 millions de dollars chez Madoff. C’était le montant investi. Seulement, en regardant les choses de plus près, les responsables se sont aperçus qu’ils avaient retiré en tout plus de 130 millions de dollars de leur compte Madoff, ouvert en 1987. »

 

 

170 milliards confisqués

 

 

Les investisseurs ne sauront pas, aujourd’hui, combien pourra leur être rendu, les enquêteurs demandant trois mois supplémentaires pour savoir si des remboursements pourront avoir lieu ou si les sommes sont définitivement perdues. L’impitoyable juge Denny Chin vient, pour sa part, de rendre un ordre préliminaire de confiscation des biens de Madoff à hauteur de… 170 milliards de dollars, le montant des investissements qui auraient transité chez lui durant toutes ces années. La famille Madoff se voit, dès lors, contrainte de tout vendre, de ses biens immobiliers à Manhattan, Montauk ou Palm Beach, en passant par son jet privé et son superbe yacht, le Bull, basé au large d’Antibes. Sa femme Ruth ne disposera plus que de 2,5 millions de dollars en cash…


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