Le financier vedette qui durant trois décennies s’est vu confier en gestion quelque 13 milliards de dollars par des banques, des organisations caritatives ou des particuliers aisés, encourt 150 ans de prison.
Il a plaidé coupable le 12 mars des 11 chefs d’inculpation qui l’accusent notamment de fraude, de parjure, blanchiment d’argent et vol, et est incarcéré depuis dans une prison de Manhattan.
Devant la cour, il a avoué n’avoir jamais investi un centime des sommes qu’il avait en portefeuille. Il avait monté un "schéma de Ponzi" --nom d’un de ses prédécesseurs des années 20--, une cavalerie financière qui consistait à rémunérer les investisseurs avec l’argent déposé par de nouveaux clients.
Le système a fonctionné jusqu’au jour où les demandes de retrait ont explosé avec la crise de l’automne 2008, et où il n’a plus été capable de faire face.
En plaidant coupable, il évite un procès devant jury. Le public présent au tribunal entendra des victimes, puis la sentence prononcée par le juge Denny Chin, dans le procès pénal que lui intente le gouvernement.
D’autres instances, civiles, l’attendent. Et l’audience ne permettra pas de connaître les montants à restituer: la justice se dit incapable de les chiffrer, et les procureurs ont demandé un délai de trois mois, au terme duquel "la Cour ordonnera la restitution (de l’argent) ou décidera que la restitution est impossible".
L’affaire a éclaté le 11 décembre dernier. En fin d’après-midi, un communiqué laconique du parquet de New York et de la police fédérale (FBI) annonçait l’arrestation d’un courtier célèbre, ancien président du conseil d’administration du Nasdaq et PDG de l’entreprise "Bernard Madoff Investment Securities" (BMIS).
L’homme, un millionnaire vénéré au sein de l’élite juive de New York et Palm Beach (Floride, sud-est), avait réuni ses deux fils la veille, et leur avait déclaré qu’il "n’avait plus rien et avait perdu environ 50 milliards de dollars", selon le court document.
Le montant de l’escroquerie déclaré par "Bernie" Madoff, supérieur au PIB du Luxembourg, était inédit et a provoqué un choc.
Assigné à résidence dans son luxueux appartement, l’ancien roi de Wall Street a pu suivre la découverte de l’ampleur du désastre: ses clients étaient partout, de la banque Santander en Espagne à la Fondation Elie Wiesel aux Etats-Unis, des vedettes de Hollywood aux retraités qui lui avaient confié leurs économies.
Au total, selon les enquêteurs, 13 milliards de dollars lui ont été confiés. Les chiffres de 50 à 65 milliards se réfèrent aux gains qu’auraient engendré ces sommes si les intérêts avaient été réels.
Parmi les victimes, les retraités ruinés inondent le parquet de courriels, et demandent la peine maximale dans les pires conditions possibles.
Liquidateur judiciaire et enquêteurs, eux, cherchent l’argent. Ils n’ont identifié qu’un milliard en saisissant divers biens des époux Madoff, maisons et yachts à Palm Beach ou en France, bijoux ou comptes bancaires.
Les plaintes contre des fonds "rabatteurs" soupçonnés de complicité se multiplient, et les avocats des victimes se disent prêts à aller jusqu’à attaquer en justice le régulateur boursier --la SEC-- accusé de négligence, pour "in fine" forcer l’Etat américain à indemniser les victimes.
L’avocat de Madoff, lui, demande l’indulgence: il a écrit une lettre au juge lui demandant pour son client une peine de 12 ans de prison seulement, un peu moins des "13 ans qui lui restent à vivre", selon les statistiques américaines d’espérance de vie.
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