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Swissquote Bank SA: "Je suis mon propre banquier"

Finance | 07:00  Vous ne pouvez plus voir votre banquier en peinture? Tout n’est pas perdu. De plus en plus de personnes franchissent le pas de la banque en ligne, qui offre des avantages encore trop fréquemment insoupçonnés. Rencontre avec Mark Bürki, co-fondateur de Swissquote Bank SA, qui nous aidera à comprendre que devenir à la fois son client et son banquier n’est plus du ressort de la schizophrénie.



Marc Burki co-fondateur de Swissquote SA
Marc Burki co-fondateur de Swissquote SA


Nicolas Poinsot | 08-03-2010 | 07:00

Bulle spéculative, traders, hyper ou méga bonus, sauvetages par l’Etat. Depuis un certain mois de septembre 2008, la simple évocation du monde bancaire dans les médias nous donne des urticaires chroniques. Même à la sacro-sainte City de Londres, lieu de pèlerinage et parcours presque obligé pour tous les financiers de la planète, mieux valait, il y a encore peu de temps, laisser son costume de super-banquier au vestiaire pour sortir dans les rues de la capitale.

 

Le succès du e-banking

 

Pourtant quelques établissements tirent finement leur épingle du jeu. Dans ce paysage morose plombé par la crise, puis par son interminable cortège de scandales, l’e-banking affiche une santé à la limite de l’insolence. A l’image de Swissquote, l’un des leaders sur la place helvétique, et qui n’a ressenti qu’un simple trou d’air quand les grandes banques traditionnelles plongeaient dans le vide au moment de la dépression boursière.

 

Résultats 2009 à la hausse

 

 

Publiés ces dernières semaines, les résultats de 2009 sont d’ailleurs on ne peut plus éloquents, avec une augmentation du nombre de clients de 19 % rien que pour cette seule année, soit près de 23 000 nouveaux fidèles, sans parler d’une entrée de capitaux en croissance constante. En dépit du recul de 11,2 % d’un chiffre d’affaire qui reste satisfaisant, un exploit en cette Annus horribilis tant maudite par UBS ou Crédit Suisse. D’ailleurs pour s’en convaincre, rien de mieux que d’aller directement toucher le miracle du doigt.



Startup novatrice

 

 

Première surprise. Vous pourrez chercher longtemps le siège de Swissquote Group Holding SA dans les beaux quartiers argentés de Genève ou Zurich. Il n’y est pas. C’est à Gland, au bord du Léman, que la banque a élu domicile, plus précisément dans sa zone industrielle. Ici pas vraiment de rues Art déco portant des noms de ministres ou de diplomates. D’ailleurs pas de rues tout court, ce sont des chemins goudronnés en bordure de champ qu’il faudra emprunter.


 

La transparence

 

 

Le bâtiment en dit long sur la pensée qui a fait naître Swissquote en 1996, alors startup novatrice née de la génération Web 2.0 et dédiée à l’information sur les cours boursiers. Des sortes de tours d’angle prennent place de part et d’autre de l’entrée comme pour rappeler l’assise rassurante et inébranlable d’un château, tandis que les étages, presque transparents, font apparaître les employés au travail. Même si, enfin parvenu au cœur de la bête, on les cherche un peu pour dire vrai, les employés. Décor minimaliste et population restreinte. On est loin de la fourmilière grouillante de certaines sociétés.

 

Effervescence boursière

 

 

Malgré ce silence apparent, qui ne laisse rien présager de l’effervescence des marchés boursiers, partout derrière les murs, il y a ceux qui bossent. Et eux, ce sont surtout des logiciels. «La banque en ligne a permis de supprimer les intermédiaires» nous explique Mark Bürki, co-fondateur de l’entreprise et aujourd’hui Directeur exécutif. «Internet constitue l’unique interface entre la banque et le client, et cette simplification entraîne forcément une réduction spectaculaire des coûts».

 

 

Observation scientifique des risques

 

 

Voilà donc une explication plausible au succès de Swissquote. Mais serait-ce la seule? Que nenni, puisque la société jouit depuis plusieurs années d’une solide réputation dans le domaine de la finance. A leur début, les futurs fondateurs du site, ayant tous usé leurs fonds de pantalon sur les bancs de la prestigieuse EPFL, se lancent en effet dans le développement de logiciels destinés aux banques, pas forcément par goût mais parce qu’elles sont de «grandes consommatrices de software», nous avoue l’un d’eux. Succès assuré, donc.

 

Une naissance inédite

 

En 1996, Swissquote.ch voit le jour. Ce n’est d’abord qu’une adresse de référence et de surcroît gratuite pour accéder à toutes les cours de la bourse suisse. Cependant le potentiel est rapidement réévalué au vu de l’audience toujours croissante, pour évoluer vers un site de courtage en ligne, avec prélèvement d'une commission sur chaque transaction. Swissquote obtient même sa licence bancaire en 2000, puis devient quelques années plus tard membre de l’Association Suisse des Banques.

 

 

Une belle philosophie

 

Une success story qui ne doit pas grand chose au hasard, mais plutôt à la philosophie du projet, dominé par cette observation quasiment scientifique des risques dans la finance. Une posture qui n’est pas sans déranger quelques uns. Mark Bürki en sourit encore. «A Swissquote, on a remplacé le gestionnaire de fortune, tributaire de ses émotions mais fonctionnant aussi avec son flair, son expérience, par un logiciel réagissant avec une logique cartésienne. Evidemment cette idée a fait hurler dans les banques traditionnelles!» Loin d’être incommodé par quelques gorges cravatées qui s’étranglent, notre co-fondateur rétorque que la gestion algorithmique avoue des performances qui n’ont absolument rien à envier aux plus aguerris des financiers bipèdes.

 

 

Les mêmes sécurités qu’une banque classique

 

 

Ce qui ne veut pas dire pour autant que les investisseurs n’ont qu’à se tourner les pouces. Ce serait plutôt le contraire. L’intelligence artificielle accompagne une démarche. «Le courtage ne va pas sans requérir un minimum de compétences ainsi qu’un projet d’investissement» précise aussitôt Mark Bürki. Au départ, Swissquote attirait des clients déjà adeptes des transactions boursières, séduits avant tout par la facilité et la liberté offertes par l’interface web. Il y a un côté Do it yourself dans l’histoire, ne l’oublions pas. Les fondateurs de la société privilégient, quant à eux, le terme de Low cost, totalement assumé par ailleurs.


 

Un Suisse sur cinq

 

Mais d’un club d’initiés assez facilement reconnaissables, dont la tranche d’âge oscille entre 35 et 40 ans, la clientèle s’est progressivement diversifiée au point que «l’image type d’un titulaire de compte chez Swissquote est maintenant beaucoup plus floue», dixit le Directeur. Ne perdons pas de vue qu’un suisse adulte sur cinq possède des actions.

 

Recherche de sécurité

 

 

La possibilité d’ouvrir un livret d’épargne en ligne a également pu avoir un rôle notable, répondant au besoin compréhensible de mettre un peu d’argent à l’abri des caprices des marchés. «Après tout, le client, quel qu’il soit, recherchera les mêmes sécurités qu’avec une banque classique. Un établissement solide pour déposer son argent. Une exécution efficace pour le trading».

 

 

Une alternative réelle

 

 

L’entreprise vise une hausse de 20 % du nombre des titulaires pour cette nouvelle année, objectif qu’elle compte bien atteindre grâce à l’arrivée d’investisseurs épris de liberté. On peut même dire qu’il y a du potentiel. A l’heure actuelle, seules 2 % des transactions boursières en Suisse se font par le biais de Swissquote. «La réputation de la société et sa santé financière sont très attractifs. Beaucoup de personnes, à force de parcourir le site, tournent autour du bouton "ouvrir un compte" et finissent par sauter le pas devant tant de facilité!» Selon son Directeur, la banque pourrait ainsi concerner 200000 clients dans un avenir proche.


Plateforme numérique

 

Mais ce dernier ne manque pas de noter que si Swissquote constitue une alternative réelle à l’établissement classique, des progrès nécessaires demeurent à réaliser dans ce sens. «Il faut d’une certaine manière tenter d’humaniser ce qui est froid au départ, du fait de la dématérialisation de la banque. Le manque de contact physique peut parfois dérouter. Nous devons franchir un cap afin d’aller vers une meilleure connaissance de nos clients. Pas seulement une connaissance numérique». Une plateforme téléphonique disponible jusqu'à 22 h 00 permet déjà de conseiller ceux qui auraient crainte de s'égarer en route.

 

 

Seul maître à bord

 

 

Enfin, il y a l’importante question des compétences garantissant au titulaire d’être le seul maître à bord, et un bon consummActor. Importante en effet puisqu’il sera l’unique cause des gains engrangés (ou perdus, c’est selon). Mark Bürki avance alors cette anecdote savoureuse à propos d’un investisseur novice, visiblement impressionné par la quantité d’informations à digérer pour maîtriser tous les outils mis à sa disposition.

 

Simplification

 

 

«Il m’a dit "je suis comme dans un cockpit d’avion, il y a plein de boutons mais je n'ai pas de licence pour piloter l'engin!". Avec le potentiel énorme qui est mis entre les mains des clients, l’éventail international des marchés, il faudra alors développer des outils au langage simplifié, pour filtrer la masse disponible et mieux guider les premiers pas. Nous y travaillons».

 

Pas de roulette russe

 

Ces clients justement, qui ordonnent en moyenne d’un clic de souris 15 à 16 transactions par an, resteront pour la plupart bien en-deçà des comportements archi-spéculatifs des traders, comme tente de nous démontrer le Directeur exécutif. «C’est vous qui choisissez les risques en fonction d’une échelle proposée, et cette fois il n’y aura pas un vendeur doué en face qui essaiera de vous faire acheter n’importe quoi». Apprendre à gérer les risques soi-même en lieu et place d’une caste financière qui joue trop souvent à la roulette russe, n’est-ce pas finalement une bonne résolution pour l’après-crise?


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