
Voyez plutôt: les «grands» de Wall Street (Bank of America, Bank of New York Mellon Corp, Citigroup Inc, State Street Corp, JP Morgan Chase Co, Goldman Sachs Wells Fargo Co et Morgan Stanley) auraient provisionné, à des fins de primes, la somme de 150 milliards de dollars, un chiffre seulement légèrement inférieur au record absolu de 2007: 164 milliards. Ce qui a inspiré le commentaire suivant à Robert Gibbs, porte-parole de la Maison-Blanche: «Certains, du côté de Wall Street, n’ont toujours rien compris!»
Finance mondiale
Au cas où certains l’auraient oublié, cette fameuse année 2009 restera dans les annales comme l’une des plus terribles pour la finance mondiale, mais pas pour tout le monde. La disparition des établissements Lehman Brothers et Bear Sterns a beaucoup profité à leurs concurrents. Sans oublier que ces derniers ont également largement bénéficié des plans de sauvetage étatiques, mais également des plans de relance économique.
Pour toutes ces raisons, mais également pour remédier à la situation inquiétante des finances publiques, le président américain, Barack Obama, songe désormais à l’instauration d’un impôt exceptionnel sur les banques. Et sous quelle forme cet impôt? Le flou règne encore, même s’il est à peu près établi qu’il ne s’agira pas d’un impôt sur les bonus – trop aisément contournable au goût de l’administration américaine – ni d’une taxe sur les transactions bancaires. On devrait en savoir plus en février lors de la présentation du nouveau budget. Selon Robert Gibbs, porte-parole de la Maison-Blanche, «rembourser complètement les contribuables américains des fonds publics utilisés pour venir au secours des banques, voilà l’objectif du président».
Champions de l'investissement
Les champions de la banque d’investissement, comme Goldman Sachs par exemple, se sont empressés de rembourser l’aide qu’ils avaient reçue au pire de la crise financière, afin de se dégager au plus vite des velléités tutélaires et castratrices de l’Etat. Une chance que n’ont pas encore eue certains établissements britanniques. La preuve: lors d’une audience hier à Londres, Stephen Hester, directeur exécutif de la Royal Bank of Scotland, s’est entendu dire par l’un de ses interlocuteurs politiques: «J’ai cru lire d’après vos déclarations que vous trouviez que la politique se mêlait trop au monde de la banque. Votre banque est tout de même détenue à 84% par l’Etat!»
Taux d'imposition
Après avoir été son ange gardien, Gordon Brown chagrine la City. Tout d’abord avec un relèvement à 50% du taux maximum d’imposition sur le revenu, mais également par le prochain prélèvement exceptionnel de 50% sur tous les bonus qui excèdent 40 000 francs environ. Tout comme son homologue d’outre-Atlantique, le premier ministre britannique doit faire face à deux urgences: la colère d’un peuple outré par les bonus jugés indécents et des caisses publiques qui crient famine.
Menaces de départ
Seulement, il lui faut en retour affronter les grincements de la City – et notamment les banques américaines Goldman Sachs et JP Morgan – qui menace d’aller s’exporter sur des territoires fiscalement plus accueillants. Même le maire de Londres, Boris Johnson, s’y met. De bonne guerre. A quelques encablures des élections législatives, ce Tory ne manque pas de tirer le tapis sous les pieds de Gordon Brown: «Si 9000 banquiers quittent la City de Londres, le gouvernement perdra 1,2 milliard de livres de recettes fiscales.»
Impôt exceptionnel
Quoi qu’il en soit, l’impôt exceptionnel sur les bonus envisagé par Londres, annoncé en fin d’année dernière et copié par la France de Sarkozy, a posé un problème aux banques opérant sur le territoire britannique. Allaient-elles doubler leur enveloppe «prime» pour épargner leurs meilleurs employés ou leur demanderaient-elles une participation? C’est de loin la première solution qui s’est d’abord détachée. Mais elle est désormais délaissée au profit d’une troisième: les banques vont tout simplement augmenter la part fixe des salaires et diminuer les bonus!
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