"Magali di Marco-Messmer est capable d'un exploit en Chine"
SPORT | 09:11 Interview de Laurent Vouilloz, entraîneur personnel de natation de Magali Di Marco-Messmer depuis dix ans. Il participera, comme spécialiste de la natation pour la Fédération suisse de triathlon, à ses deuxièmes Jeux olympiques cet été. Après avoir été responsable des nageurs à Sydney 2000.
Christophe Boillat | 30-07-2008 | 09:11
- Laurent Vouilloz, quelles sont les chances de l’équipe de Suisse de ramener des médailles de Pékin?
– L’objectif de la fédération est une médaille et un diplôme. Vu leur talent et leur forme actuelle, je suis persuadé que chacun de nos six triathlètes peut avoir sa place dans les huit meilleurs de l’épreuve olympique. D’autant qu’il y a moins de participants aux JO (55) par catégorie que dans une manche de Coupe du monde. Après, une épreuve de type triathlon dépend énormément de la configuration de course.
– Et Magali, quel est son objectif?
– Elle a affiché son ambition: un diplôme. C’est réaliste. Il va sans dire que si elle décroche une médaille huit ans après Sydney, et après trois ans d’arrêt entre 2000 et 2003, ce serait extraordinaire. Je la crois capable d’un exploit.
– Pour quelles raisons?
–Parce que Magali a encore progressé, notamment en course à pied, qu’elle est très forte mentalement, tenace, et qu’elle sait bien gérer ses émotions avant une grande compétition. Et puis c’est l’une des meilleures en natation. Elle est du reste sortie en tête du plan d’eau le week-end dernier lors de la Coupe du monde Kitzbühel. Si elle figure dans un petit groupe avant d’enfourcher le vélo, ce pourrait être la course idéale.
– Son âge, bientôt 37 ans, n’est-il pas un handicap?
– Je ne pense pas. D’abord, son expérience plaide en sa faveur. Elle n’a pas pris un gramme et a toujours une forte envie. Du reste, elle envisage de poursuivre sa carrière après Pékin.
– Que pensez-vous du parcours?
– Dur, sans être monstrueux. Certes, il y a une bosse à franchir à six reprises à vélo et une petite montée à gravir quatre fois à la course à pied, mais je ne pense pas que ce soit excessivement exigeant. Olivier Marceau ou Nicola Spirig, les meilleurs sur deux roues, auraient sans doute aimé un tronçon cycliste plus sélectif. En revanche, les bons nageurs seront avantagés par un plan d’eau qui propose d’entrée plus d’un demi-kilomètre en ligne droite. Il faudra partir très vite et tenir.
– Les médailles vont-elles se gagner dans l’eau?
– Pas impossible. Mais on a l’habitude de dire, et cela se vérifie, que le triathlon se perd dans l’eau et se gagne en course à pied.
– Quel sera votre rôle aux JO?
– Celui que j’occupe au sein de Swiss Triathlon, soit spécialiste pour la natation. Je viens de faire les entraînements en ce sens au récent camp de Davos. En revanche, je ne participerai pas au dernier camp qui se déroulera à partir du 31 juillet en Corée du Sud. Je rejoindrai l’encadrement à Pékin.
– Qu’est-ce que cela fait de participer à deux Jeux olympiques dans deux sports différents?
– Cela me fait particulièrement plaisir, d’autant plus que Sébastien Gacond, un de mes anciens nageurs du Vevey-Natation, sera du voyage puisqu’il est réserviste.
– A propos de la Chine, des droits de l’homme, du Tibet, quelle est votre position?
– J’ai un avis bien sûr, mais qui est forcément influencé parce que je lis ou ce que j’entends ici. Je me réjouis d’aller à Pékin pour voir sur place et ainsi me forger ma propre opinion. Je ne veux pas non plus me poser en donneur de leçons. Et je ne crois pas que ce soit aux sportifs seuls de se charger des problèmes du monde. Pour cela, il existe des gouvernements et des diplomates.
Une très forte équipe de Suisse
La Suisse est l’une des cinq nations autorisées à aligner six représentants sur les épreuves olympiques (le 18 août pour les dames, le 19 pour les hommes). «Tous nos triathlètes ont la capacité de décrocher un diplôme, soit un classement dans les huit premiers. Pour une médaille, ça dépend des circonstances de course», estime Laurent Vouilloz, lequel voit une course «peut-être plus ouverte chez les garçons, derrière l’Espagnol Gomez, imbattable s’il est en forme le jour J». Le technicien considère Reto Hug comme l’un des meilleurs triathlètes de l’histoire. «Il a déjà décroché deux médailles dans des Mondiaux, un titre de champion d’Europe et un diplôme à Sydney», rappelle-t-il. De son côté, Sven Riederer, bronzé à Athènes en 2004, est très complet et le troisième larron, Olivier Marceau, s’est classé dans les huit premiers lors des deux Jeux olympiques.
Chez les filles, «l’Australienne Emma Snowsill et la Portugaise Vanessa Fernandez sont favorites», prévient Laurent Vouilloz. Resterait donc une place sur le podium, que peuvent revendiquer Daniela Ryf, championne du monde en titre des moins de 23 ans, et Nicola Spirig, en forme actuellement. Et peut-être que Magali…
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