Musicienne, elle joue de la physique au CERN
CERN au féminin 1/9 | 15:25 Anne-Muriel Brouet, journaliste scientifique, nous propose le portrait de neuf femmes travaillant au CERN, à Genève. La physicienne Felicitas Pauss inaugure cette série.
Anne-Muriel Brouet | 28-07-2008 | 15:25
De la physique, rien que de la physique. Felicitas Pauss en joue comme on jouerait d’un instrument. Elle pratique, répète et se produit. Un dévouement complet conduit par la curiosité, la créativité, une fascination pour le questionnement – et ses réponses –, le talent et, enfin, l’amour de ce qu’elle fait.
Ayant passé son enfance dans la ville de Mozart, dans une famille de musiciens, l’Autrichienne a opté, après hésitation, pour la science. La physique des particules précisément.
Felicitas Pauss arrive au CERN en 1983, dans le groupe de l’expérimentation des particules W et Z, découvertes ici même. Un an plus tard, elle partage une des plus grandes heures de gloire du Centre européen de recherche: le Prix Nobel de Carlo Rubbia pour ce succès.
La lumière au bout du tunnel
Aujourd’hui, la physicienne attend avec impatience d’en connaître d’autres, avec d’autant plus d’excitation que le moment n’a jamais été aussi proche. «Cela fait vingt ans que je suis impliquée dans le projet du LHC», le Grand Collisionneur de hadrons qui doit démarrer dans quelques semaines. «J’ai l’impression de voir la lumière au bout du tunnel. »
De la physique donc, dans son bureau du bâtiment des physiciens au CERN, comme dans sa vie. «On étudie la situation; on détermine quelles sont les solutions; on en choisit une et l’on y va; assumant son choix, sans regarder en arrière. »
Trois bureaux, dont ... le train
Ainsi, depuis 1991, Felicitas Pauss a quitté administrativement le CERN pour un poste de professeur à l’EPFZ. Elle a dorénavant trois bureaux: Genève, Zurich… et le train. Concrètement, la professeur travaille avec son groupe sur l’expérience CMS. Un des quatre détecteurs du LHC, qui va explorer un large éventail de domaines de la physique, de la recherche d’autres dimensions à la quête des particules qui pourraient constituer la matière noire.
De la physique toujours. Celle d’hier et celle de demain. Connue et inconnue. «Nous allons d’abord confirmer les théories existantes. Démontrer que la physique que nous connaissons est bien ce que nous pensons qu’elle est.» Ensuite se poseront les questions les plus fascinantes: comment les particules acquièrent-elles leur masse? Existe-t-il plus que trois dimensions? Pourquoi la matière a-t-elle survécu à l’antimatière alors qu’à l’origine elles étaient en quantités égales? Que s’est-il passé aux premières fractions de l’univers, juste après le big bang? Tant de questions et bien d’autres qui ouvrent les portes d’une nouvelle physique.
Etre une femme ou un homme pour s’intéresser à cela importe peu, selon l’élégante physicienne. Le succès du CERN et du LHC ne relève pas de cette science, mais de la musique. «C’est comme dans un grand orchestre symphonique. Chaque musicien est excellent, mais tous doivent jouer ensemble pour faire un bon concert.»
Felicitas Pauss n’a jamais abandonné la musique qui l’accompagne chez elle comme au bureau. Reste à savoir combien de temps il lui faudra patienter avant d’entendre les plus beaux morceaux de la physique.
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