Le plein à la maison, le vide au travail
CERN au féminin 2/9 | 14:56Giovanna Vandoni, physicienne au CERN depuis dix ans. Dans son groupe, elles sont quatre femmes sur quarante personnes.

Anne-Muriel Brouet | 29-07-2008 | 14:56
Giovanna Vandoni travaille dans le vide. Le rien ou plutôt l’absence de quelque chose. En physique des particules, le vide est une notion essentielle: comment faire circuler un faisceau de particules à une vitesse proche de celle de la lumière si la voie n’est pas parfaitement libre? Une molécule, un atome… et le crash est inéluctable.
Le long des 27 kilomètres de circonférence du Grand collisionneur de hadrons (LHC), un tunnel d’aimants qui doit accueillir deux faisceaux circulant en sens contraire afin de provoquer des collisions, le vide doit être maximal. Mais la naissance du faisceau a lieu bien avant qu’il n’entre dans la grande boucle de l’accélérateur. Sortis d’une bouteille d’hydrogène, les protons commencent leur parcours dans l’accélérateur linéaire (LINAC) puis sont injectés tour à tour dans le synchrotron injecteur du PS (un booster), le synchrotron à protons (PS), le supersynchrotron à protons (SPS), avant d’arriver, enfin, dans le LHC. Toujours dans un vide total.
Mais à la différence du LHC, qui doit démarrer dans quelques semaines, les premiers sont de vieux instruments, âgés parfois de près de 40 ans. «Nous sommes déjà dans l’urgence de ce qui est le démarrage d’un accélérateur», précise la physicienne. Régulièrement de piquet pour venir mettre une rustine quand il y a
une fuite.
Surveiller, intervenir. C’est, schématiquement, cela le travail de Giovanna Vandoni, au CERN depuis dix ans. Elle n’a pas toujours travaillé dans le vide et a notamment connu les frissons des grands frimas en cryogénie.
Evidemment, travailler dans le vide demande une tête bien pleine. Mais ce n’est pas en cela que Giovanna Vandoni se distingue dans son groupe. «Sur quarante, nous sommes quatre femmes. Alors, bien sûr qu’on nous remarque! Mais en tant qu’individu, pas en termes de compétences professionnelles. Du coup, quand un poste à responsabilité est à repourvoir, cette image floutée empêche souvent de penser à une femme.»
Heureusement, il y a des chefs compréhensifs qui ont aussi des enfants à aller chercher à l’école. Qui acceptent un temps partiel (80%). N’empêche, quand elle en a terminé avec le vide, c’est le trop-plein de la famille – avec deux petits enfants – qui envahit Giovanna Vandoni. «Le plus difficile est de ne pas avoir d’espace personnel, réservé uniquement à soi.» Même quand on a un mari dévoué. «Alors je prends cinq minutes le matin et le soir juste pour moi et pour me dire que j’ai fait quelque chose exclusivement pour moi.»
Une chance aux femmes
La quarantaine, Giovanna Vandonni croit aussi à l’entraide venant du haut, vers le bas. «Lorsque je choisis des stagiaires, je prends presque exclusivement des femmes. Elles ont besoin d’avoir une chance.» Pour autant, elle refuse cette discrimination à l’embauche: «J’ai vécu cela à mes débuts à l’EPFL, où il y avait des postes créés pour des femmes, mais cela nous dessert. On finit toujours par penser qu’une femme est arrivée là parce qu’elle est une femme. Donc forcément, on vous considère moins bien qu’un collègue homme.»
L’essentiel finalement pour la scientifique est de trouver sa voie, librement. «Il n’y a pas de recette universelle.» Elle fait le plein à la maison et le vide au travail.
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