Ingrid Betancourt est libre et déjà conquérante
COLOMBIE | 23:28 Ingrid Betancourt a été libérée mercredi, après avoir été otage de la guerilla des FARC depuis plus de six ans. La franco-colombienne s'est montrée conquérante et d'une incroyable énergie dès ses premières paroles.
MVH | 02-07-2008 | 23:28
La soirée s'égrene au fil des réactions et dans l'attente d'images. Les hypothèses se décrivent sur la manière dont l'opération de libération a été menée. L'armée colombienne aurait infiltré les FARC, les Forces armées révolutionnaires de Colombie.
Les proches se parlent par journalistes interposés. Autour d'une nouvelle, attendue depuis plus de six ans: la libération d'Ingrid Bétancourt. Annoncée par Bogota, confirmée par Paris.
Trois Américains et onze soldats colombiens ont également été libéré.
Les enfants attendent d'avoir leur mère au téléphone.
On retrace ces six ans de détention, dont 4 ans et demi presque sans nouvelles. Ses maladies, son affaiblissement, cette vidéo, qui la montrait si mal.
Les politiques de la planète se félicitent. Nicolas Sarkozy enregistre une déclaration, entourée de la famille. Il remercie son ministre Bernard Kouchner, le président colombien, les diplomates, cite deux pays: la Suisse et l'Espagne. Il se dit prêt à accueillir les guerilleros des FARC qui déposeraient les armes.
Les deux enfants d'Ingrid remercient le président. Mélanie lui tombe dans les bras pendant que son frère s'adresse à la nation.
Et on reparle de cette femme, candidate à la présidence de la Colombie au moment de son enlèvement, le 23 février 2002. On revoit son combat contre les trafiquants de drogue, contre la corruption, contres les enlèvements. Son parcours politique, la création de son parti vert "Oxygène", sa campagne pour la présidence d'une "nouvelle Colombie". On revoit son interview, réalisée juste avant sa disparition: "Les FARC font des barrages sur la route ici, et prennent parfois en otage ici les gros poissons. Je suis ce qu'on appelle un gros poisson".
Ingrid Betancourt symbolisera pour toujours la lutte contre la corruption, défense des droits démocratiques, la ténacité et le courage.
Un avion va partir avec Bernard Kouchner et la famille. Une déclaration de Kouchner? Non, il annonce qu'il prend l'avion. C'est du direct, on l'aura entendu.
France 1 rend l'antenne. France 2 décripte encore.
La famille sort de l'Elysée, parle aux journalistes postés devant l'entrée, fait des gestes d'excuses et trouve les mots justes. "On vous embrasse tous". On s'impressionne de la maturité de Lorenzo face à la caméra. De 12 ans à 19 ans, le temps de la détention de sa mère.
A minuit, on entend la voix d'Ingrid. Elle est traduite en direct. Elle raconte l'hélicoptère qui est arrivé, les soldats qui se dévoilent une fois qu'elle est dans l'hélicoptère. Elle dit merci. Elle pleure.
En bonne santé
Puis les images: la porte de l'avion qui va s'ouvrir. Elle a l'air en bonne santé, étonnement. Sereine. Les embrassades. Le signe de croix face à la presse. Une fleur dans sa tresse.
Les autres otages sortent plusieurs minutes après Ingrid Betancourt.
Photo avec les plus hauts dignitaires de l'armée et le ministre de la défense.
Son sourire, son regard malicieux. Elle embrasse sa mère, encore et encore. Puis Ingrid au téléphone, peut-être avec ses enfants, pendant que les militaires remercient les soldats qui ont participé à l'opération "Echec et mat" de l'armée contre les FARC.
Les autres otages libérés passent au micro avant Ingrid. Certains d'entre eux ont passé dix ans en détention. Autour d'eux, on s'affaire. Ils remercient leur ministre de la défense et leur armée. On repasse les images d'Ingrid qui porte la tenue militaire.
Tellement d'énergie
Puis elle parle. Un discours incroyablement énergique, d'une femme politique au charisme énorme. Ex-otage depuis quelques heures, Ingrid Bétancourt raconte la libération. Elle remercie. Elle parle politique, d'union nationale. Elle remercie Dieu et prie à genoux sur le tarmac, aux côtés de sa mère. L'image d'une sainte. Et d'une conquérante.
Puis la conférence de presse. Elle répond avec force de détails aux questions. Elle raconte la jungle, "comme si je revenais d'un voyage dans le passé". Sans ménagement, on lui demande si elle se sent coupable des souffrances de sa famille. Attaque d'émotion. Mais elle parle de destin. "Maintenant, j'ai un master des FARC." Elle redit qu'elle ne voulait pas prendre la route qu'elle a pris ce 23 février 2002.
Elle parle en français. "Merci à vous tous, à ma douce France, merci de m'avoir accompagnée toutes ces années, de m'avoir pris la main, de ne m'avoir jamais laissé tombé dans les moments les plus difficiles, d'avoir toujours cru qu'en luttant ensemble, nous réussirions à faire la différence. Je vous porte dans mon coeur. ... Je vous aime, vous êtes dans mon sang, je suis à vous, merci la France." Elle n'oublie rien, personne, ne cherche pas ses mots, ferme juste les yeux, parfois.
Puis la question de la présidence de la Colombie. La veut-elle encore? Elle félicite le président pour son travail. Elle dit être un soldat de plus, au service de la patrie.
Elle embrasse le journaliste de cette radio qui lui donnait des nouvelles, tous les matins à 5 heures dans son émission, de sa famille. Grâce à lui elle a pu tenir.
"Nous aurons de belles surprises avec elle"
La soeur d'Ingrid, serrant son fils vient de le dire, une heure avant, à Paris: "Ingrid va rentrer avec toute la force de ce qu'elle a vécu, là-bas. Nous aurons de belles surprises pour le monde avec elle".
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