
2010, année féminine. Le président de la Confédération sera une présidente; le premier citoyen, une citoyenne et le «Père Fouettard» du Conseil des Etats, une «mère». Jamais, dans l’histoire de la Confédération, les femmes n’auront été pareillement à l’honneur. Au cours de la session d’hiver, les Chambres devraient en effet élire un trio composé de Doris Leuthard, ministre PDC de l’Economie, de la conseillère nationale Pascale Bruderer (PS/AG) et de la sénatrice Erika Forster (PLR/SG), pour figurer dans la «vitrine» fédérale.
D’habituelles mauvaises langues se contentent de signaler que toutes ces présidences se distribuent selon un tournus par parti. En d’autres termes, que cette constellation inédite relève peu ou prou du hasard. Et par ailleurs, que ces fonctions sont pour l’essentiel représentatives. Trois femmes, donc, uniquement pour faire «joli sur la photo»?
Loin de là, réplique Sylvie Durrer, présidente la Conférence romande de l’égalité. A ses yeux, le fait même que ces femmes seront visibles montre que ces postes sont accessibles. «La présence de ces femmes-là où elles sont est porteuse d’un message. Car même pour les jeunes générations, postes à responsabilité et présidences riment encore trop souvent avec prérogative masculine. Ces trois femmes ne sont pas des modèles, mais des exemples qui peuvent susciter des vocations.»
Par ailleurs, Doris Leuthard, Pascale Bruderer et Erika Forster ont des profils distincts, relève Sylvie Durrer. Elles représentent trois générations et autant de partis. «Ce qui a le mérite de révéler qu’il n’y a pas un seul type de femmes en mesure d’accéder à des postes-clés.» Toutefois prévient Madame Egalité du canton de Vaud, il s’agit de veiller à ce que ces futures présidentes ne soient pas l’arbre qui cache une forêt à dominante masculine. Car si au parlement la mixité est en progression, les femmes n’occupent même pas le tiers des sièges du Conseil national (29,5%) et moins du quart aux Etats (21,7%).
Bientôt majoritaires au Conseil fédéral?
Au Conseil fédéral, l’évolution est marquante. Au printemps 2006, la Suisse faisait quasiment figure de «phallocratie», avec six ministres masculins, l’honneur des femmes étant tout juste sauvé par Micheline Calmy-Rey. Depuis, Doris Leuthard et Eveline Widmer-Schlumpf ont rejoint la Genevoise.
Toutefois, 2011 marquera un retour de manivelle. La présidence de la Confédération reviendra au socialiste Moritz Leuenberger, celle du National à Jean-René Germanier (PLR/VS) et celle des Etats à Hansheiri Inder-kum (PDC/UR)… Mais, d’ici là, les femmes pourraient néanmoins signer une autre première, en devenant majoritaires au Conseil fédéral. Ce sont bien des élues qui sont favorites à la succession de Hans-Rudolf Merz et de Moritz Leuenberger, les deux ministres dont les départs semblent les plus proches.
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