Calmy-Rey évoque Ben Laden, la tempête se lève
POLÉMIQUE | 10:10 La ministre s’est demandé si un dialogue avec des «infréquentables» pouvait être envisagé. La presse étrangère y a vu une ouverture et, face à la controverse, les Affaires étrangères clarifient.
Caroline Zuercher | 27-08-2008 | 10:10
Cela ressemble à un terrible cafouillage. Le discours tenu par Micheline Calmy-Rey, lundi, devant les ambassadeurs (lire notre édition d’hier), a suscité une polémique. Plaidant pour le dialogue dans les relations internationales, la ministre des Affaires étrangères s’est interrogée: Faut-il le «rechercher sans discrimination – quitte à s’asseoir à la table d’Oussama ben Laden?»
Dans la foulée, l’Agence France presse (AFP) diffusait une dépêche intitulée «La fin d’un tabou? La Suisse prête à dialoguer avec Ben Laden». Ni une, ni deux, Le Monde titrait, sur internet, «La ministre des Affaires étrangères suisse prête «à s’asseoir à la table de Ben Laden».
Le Nouvel Observateur et Libération renchérissaient en rappelant, dans la foulée de l’AFP, que la diplomatie helvétique a déjà suscité les critiques des Etats-Unis, d’Israël et de la chancelière allemande Angela Merkel, pour ses relations avec l’Iran. Même Paris Match relayait l’info et la chaîne Al Jazeera se serait approchée de certains partis politiques suisses!
«Maladresse»
Cette effervescence a gagné le Palais fédéral, et le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) a diffusé hier un communiqué «pour clarifier sa position». «Micheline Calmy-Rey a évoqué les possibilités et les limites dans lesquelles ce dialogue (ndlr: au service de la politique étrangère) doit se tenir. Dans ce contexte, de façon rhétorique, elle a posé la question de savoir s’il faudrait même envisager d’accepter un dialogue avec Oussama ben Laden.»
Conclusion du DFAE: la ministre n’a «jamais proposé un tel dialogue». Mis en cause, le bureau genevois de l’AFP est plus nuancé: «Nous pensons avoir bien fait notre travail, en utilisant notre latitude d’interprétation, souligne son responsable. Le DFAE a ressenti le besoin de clarifier les choses, nous en prenons acte et nous diffuserons l’information. » En clair, si la question était rhétorique, le discours y répondait en prônant l’ouverture.
Fallait-il évoquer le terroriste? Le conseiller aux Etats Dick Marty (Plr, TI), tout en prônant le dialogue, parle de «maladresse». La conseillère nationale Martine Brunschwig Graf (Lib. GE) se montre moins conciliante face à ce «dérapage verbal»: «Quand on fait de la diplomatie, il faut savoir tourner deux fois sa langue dans la bouche avant de parler.»
Liliane Maury Pasquier (PS, GE), elle, vole au secours de la ministre: «Ces propos avaient pour but de lancer un débat bien plus intéressant: quelles sont les limites du dialogue dans les relations internationales? On s’achoppe sur les noms, mais ce n’est pas ce qui compte.»
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