
Veston et pantalon sombres, «Martine» monte sur le podium de la Mutualité, le visage grave. Elle prend le micro qu’avait empoigné Ségolène Royal au lendemain de sa désignation comme candidate à la présidentielle, fin 2006. Une femme chasse l’autre. On sent de légers remous dans l’amphithéâtre quand la maire de Lille se dit «fière d’être la première femme élue à la tête du Parti socialiste». Martine Aubry ajoute aussitôt: «Mon premier devoir est de rencontrer Ségolène.»
Il est presque 20 h hier soir. L’ambiance à la Mutualité, où siège un Conseil national historique, est solennelle. «Digne», estiment les partisans de Martine Aubry. A vrai dire plutôt glaciale.
102 voix d’avance
Le «parlement» du parti vient de confirmer les travaux de la Commission de récolement, qui donne 102 voix d’avance à Martine Aubry sur Ségolène Royal, pour plus de 130 000 votes exprimés. 102 voix et non plus 42, comme on le disait au soir de l’élection. A la tribune, Vincent Peillon, lieutenant de Ségolène Royal, s’adresse – signe que le combat est terminé? – à la «nouvelle première secrétaire. La force ne remplace jamais le droit.» Selon lui, la décision du Conseil national est «politique, pas arithmétique».
Fin du feuilleton? Sourire aux lèvres devant les journalistes, Ségolène Royal transforme, comme au soir de son échec des présidentielles, un revers en victoire. Ne jamais reconnaître la défaite. Toujours croire en ses chances. «Nous avons mené une très belle bataille pour la transformation du PS et cette bataille continue.» Traduction: Je serai là pour la présidentielle de 2012!
Hier soir, on cherchait en vain les milliers de manifestants promis par Manuel Valls, autre proche de Mme Royal. Point d’accrochage: on est entre camarades et on sait le mal terrible qu’ont fait ces jours de déchirement interne. Le ridicule aussi.
Hier, Jean-Marie Bockel, ex-socialiste rallié au sarkozysme, a appelé les militants PS à rejoindre sa formation microscopique, la Gauche moderne. «Chaque jour qui passe grossit le danger qui nous menace: la discorde, la division», prévenait, au début de la séance, le premier secrétaire sortant, François Hollande.
«Royalistes» remontés
Pourtant, les «Royalistes» de base sont toujours aussi remontés. «Nous contesterons cette décision. D’abord à l’interne, puis, s’il le faut, sur le plan judiciaire», pestait l’élu Nicolas Cadène. La voie des partisans de la présidente du Poitou-Charentes est étroite. En contestant le choix du parti, ils risquent, chaque jour davantage, d’apparaître comme de mauvais perdants. 71% des Français estiment que Ségolène Royal aurait tort de ne pas admettre sa défaite, note un sondage de l’institut BVA.
Le camp Royal semble avoir trouvé une voie médiane. Demander un nouveau vote dans les endroits où existe un litige, comme le propose un homme au-dessus de tout soupçon, l’ancien garde des Sceaux Robert Badinter. Sans cela, «nous ferons un recours en justice», prévient le député Jean-Louis Bianco.
La fraude au Parti socialiste pour les nuls
Comment frauder au PS? Question simple aux réponses innombrables. Un militant parisien venu observer le vote lors du premier tour dans une section marseillaise a dressé un inventaire assez inquiétant.
Dans le bureau de vote, le militant n’est pas vraiment laissé seul face à sa conscience de classe. On boit des verres, aucun isoloir n’est vraiment isolé, le mode de dépouillement est «baroque». Le Parisien surprend un responsable local en train de signer à la place de militants. «Je ne compte pas les fois où on m’a fortement incité à quitter la pièce pour manger un morceau, boire un coup ou prendre l’air», note ce scrutateur, cité par le site Rue 89. La scène aurait sans doute pu se passer à Lille ou à Rouen.
Dans les sections, nombreuses, laissées sans surveillance, rien de plus simple que d’«accommoder» légèrement le résultat pour plaire à l’«éléphant» du coin. On peut signer pour les absents, parfois même faire voter des morts, remarque Libération , qui a enquêté en milieu rural.
Toutes choses plus ou moins invérifiables.
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