Présidence des Etats-Unis: une femme et un noir déjà rivaux au XIXe siècle
politique | 09:00 En 1872, une femme présenta sa candidature à la présidence des Etats-Unis. Son parti, l’Equal Rights, avait même désigné son co-listier, un ancien esclave, devenu leader de l’abolitionnisme.marie-claude martin | 11-06-2008 | 09:00
On croyait le match opposant Barack Obama, candidat noir, à Hillary Clinton, candidat femme, totalement inédit, profondément lié à notre modernité. Quelle que soit l'issue de cette primaire, un Noir ou une femme, serait en mesure de briguer la présidence des Etats-Unis. Une première historique, du jamais vu! Et bien non, ce duel a des relents de remake. Retour dans au 19e siècle pour une histoire surprenante.
Courtière et marxiste
En 1872, Victoria Woodhull, première femme à avoir fait fortune en devenant courtier à Wall Street et première à imprimer en anglais le Manifeste du parti communiste de Karl Marx, se présente aux élections présidentielles américaines pour le compte de l’Equal Rights Party. Aucune loi n’interdisant aux femmes de se porter candidate – et pour cause puisqu’aucune n’avait le droit de vote! - elle profite de ce vide juridique pour mener sa campagne féministe. Un féminisme plutôt libertaire, basé sur deux antiennes: l’amour libre et l’indépendance économique des femmes («La capacité des femmes de gagner de l’argent est une meilleure protection contre la tyrannie des hommes que leur droit de voter», disait-elle). Elle ne gagnera pas, évidemment, mais Victoria Woodhull est bien la première candidate aux élections présidentielles de l'histoire américaine.
Ticket mixte
Pour donner un plus grand impact à leur combat symbolique, le parti de l’Egalité désigne son co-listier de rêve: Frederick Douglass, ex-esclave, célèbre abolitionniste et militant du suffrage féminin. Mais l’autodidacte auteur d’une autobiographie restée célèbre refuse cette investiture pour soutenir la campagne d’Ulysses Grant, plus réaliste.
Guerre de Sécession
Sa décision, il faut la lire à la lumière d’un événement antérieur qui montre bien combien la question raciale et sexiste, longtemps combattues de pair, est entrée en concurrence au lendemain de la guerre de Sécession. Frederick Douglass, pourtant engagé dès les années 30 dans le mouvement féministe, soutient alors, comme la majorité des abolitionnistes, la décision du Equal Rights Association d’appuyer le droit de vote pour les hommes noirs et de le denier aux femmes.
Quinzième amendement
Cette décision est d’ailleurs à la base du 15ème amendement à la Constitution des Etats-Unis qui, si elle rétablit une injustice profonde, en crée une autre: « Le droit de vote des citoyens des États-Unis ne sera refusé ou limité par les États-Unis, ou par aucun État, pour des raisons de race, couleur, ou de condition antérieure de servitude.» Il n’est nullement fait mention du sexe. Interpellé sur son soutien au XVe amendement, Frederick Douglass répondait en mai 1869 que l’urgence était de protéger les Noirs contre la violence et que la femme noire était victime de celle-ci, «non parce qu’elle est femme, mais parce qu’elle est noire."
Les femmes, blanches et noires, attendront 1920 pour avoir le droit de vote.
Suspens historique
Aujourd’hui, au lendemain des primaires remporté par Barack Obama, les analystes sont unanimes: pour gagner, le candidat métis doit récupérer l’électorat féminin drainé par la perdante Hillary Clinton. Les femmes se sont senties flouées, il faut les rassurer. Tout se passe comme si femmes et noirs, tous deux nouveaux venus dans la course à la présidence, étaient en concurrence. Si cette primaire nous a tant passionnée, c’est aussi pour son suspens historique : qui d’un noir ou d’une femme sera le premier à occuper la Maison Blanche? Aujourd’hui on le sait: ce ne sera en tout cas pas une femme.
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... Et ce ne sera peut-être
... Et ce ne sera peut-être pas un noir.