
Au chamboule tout de la biographie non autorisée, un ministre chasse l’autre. Avec boîtes de conserve et casseroles empilées explosant sous les balles de papier. A peine la polémique Kouchner ouverte, celle de Rachida Dati rebondit avec la publication de "Belle-Amie", de Michaël Darmon et Yves Derai.
Le Nouvel Obs en livre les bonnes feuilles, cette semaine, dévoilant au passage le nom du père présumé de Zohra, sa fille, qui serait selon les auteurs, le procureur général du Qatar, Ali Bin Fetais al-Marri.
Dans ce "Belle-amie", la Garde des sceaux est dépeinte comme l’arriviste du roman de Maupassant, ne connaissant d’ami que marchepied et de morale, que le pouvoir et l’argent. La figure d’une diversité enfin assumée aux plus hautes fonctions de la République, est dépeinte comme une intrigante, habile à séduire des mentors qui ont fait son ascension. Elle est exceptionnelle, fulgurante, exemplaire. Si emblématique de l’époque. Une réussite arrachée à l’énergie et au piston qui l’a menée jusqu’à Nicolas Sarkozy, son modèle, son idole.
Dévotion à l’hyperprésident
La fille de M’Bark, l’ouvrier marocain et de Zohra l’Algérienne, partage avec le président, l’ambition, le coup de sang et le sans-gêne de celui qui s’est battu contre tous pour arriver. Son action au service des réformes sarkozystes à la Justice n’a d’autre inspiration que sa dévotion à l’hyperprésident et s’embarrasse peu de la technicité du ministère et de la contradiction juridique? La gamine des HLM, mariée de force avant de reprendre sa liberté, devenue un modèle d’executive woman, est perçue comme une intruse dans la magistrature si distinguée et vieille France? Qu’importe. Elle a tous les droits puisqu’elle a l’oreille du Prince.
Elle fut l’entremetteuse de réconciliation de Nicolas avec Cecilia. Cela suffit. Mais la France aime descendre en flamme ce qu’elle a porté aux nues. La polémique sur ses diplômes, son frère délinquant, les démissions dans son cabinet, son manque d’à-propos dans la gestion de décisions judiciaires contestables, et l’agacement croissant du président la mèneront à la disgrâce.
Après 20 mois au Ministère de la justice, elle est annoncée sur le départ. Pour la bonne cause: une place de numéro 2 sur la liste UMP aux Européennes en Ile de France. L’hallali est sonné. A l’UMP, il n’y a guère que l’ex premier ministre et Raffarineur du Poitou pour la défendre. Sa promotion comme candidate ressemble à un exil. Et ce livre à une valise.
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"l'affaire" Dati
n'est qu'une illustration de la mentalité française profondément xénophobe, corporatiste et sexiste. C'est moche à dire, mais c'est la réalité. Cette femme est surexposée car elle ne fait pas partie du sérail politique, de plus c'est une Maghrébine intelligente, travailleuse qui ne s'embarasse pas de fioritures pour pointer l'immobilisme d'une administration qui s'est crue intouchable durant des lustres, aucun ministre n'ayant voulu risquer sa carrière à la réformer. La résillience, elle connaît : tout ce qu'elle a acquis revient à son mérite. On peut ne pas aimer sa méthode, son style, mais elle a rempli sa mission, bon gré, malgré, sachant qu'elle avait peu de temps avec son bouillonnant président. Elle est ce qu'on appelle, un avatar, dans le bon sens du terme, un super jocker dont s'est servi son employeur qui savait pouvoir compter sur sa pugnacité et sa hargne pour réaliser cette mission, ce qu'il n'aurait jamais obtenu avec un profil habituel. Donc, bravo Rachida Dati. Laissez parler les pisse-froids et ayant-droits de naissance. Qu'il se vautrent dans les égoûts de leur dépit.