Etty Hillesum, une femme bouleversante

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Les amoureux des femmes exceptionnelles du XXe siècle avaient lu, il y a vingt ans, le récit des dernières années d'une jeune femme libre d'Amsterdam qui a tenu son journal intime juste avant d'entrer dans le train de la déportation sous le titre "Une vie bouleversée".

 

Ils avaient pu, ensuite, grâce à de minutieux travaux universitaires, lire quelques fragments du journal du camp où elle fut internée en Hollande avant de partir vers Auschwitz. Mais beaucoup d'éléments à la fois biographiques, intellectuels, amoureux demeurent encore opaques voire lacunaires dans la trajectoire de cette étoile fulgurante que fut Etty Hillesum.



Le Editions du Seuil dans leur excellente collection Opus viennent de publier l'intégralité des journaux et des lettres entre 1941 et 1943. On lit ce corpus de pensées, de méditations, de rêveries entremêlées le coeur serré tant la grâce naturelle, la joie de vivre, la malice d'Etty H sont renversantes.



Née dans une famille bourgeoise assimilée Etty ne se sent aucunement juive culturellement et religieusement. Ce serait plutôt un esprit libre, frondeuse même, sans tabous qui aime infiniment la musique, la haute littérature et le sexe et prend la vie à bras le corps en attrapant toutes les pépites de bonheur : ainsi apprend-on qu'elle ne sait pas bien que faire de sa vie, qu'elle n'a pas de plan de carrière si ce n'est d'être heureuse. Quand elle rencontre un psy gourou qui guérit des névroses toutes les dames vielles et moins vieilles d'Amsterdam en lisant dans les mains et en leur faisant faire quelques exercices de gym elle n'hésite pas à entreprendre un traitement avec cet olibrius qui va bientôt l'étendre sur le tapis au sens propre et figuré du terme. Charmante Etty qui nous décrit avec un talent rare et une audace inouïe pour l'époque à quel point la jouissance sexuelle peut l'épanouir.



Il n'y a pas que des fragments lyriques et élégiaques sur le bonheur de vire dans ces textes où Etty, telle une vigie, décrit la montée inexorable du nazisme et sa certitude qu'il va dominer l'Europe. Elle le combat tout en sachant qu'elle ne peut guère y résister sauf à sa façon: la résistance intérieure. Etty va se construire son propre dieu à qui elle va référer toutes ses actions et à qui elle va se référer désormais sans cesse et cet appel vers un dieu bienveillant sans attirail religieux constitue l'un des aspects les plus fascinants de ces textes.

La fin du livre est tragique: dans les cabanes de bois du camp de Westerbork, Etty aide tout le monde mais ne cède jamais ni au désespoir ni à la peur: elle trouve toujours un petit bout de terre pour pouvoir se recroqueviller seule et regarder le ciel
Etty Hillesum est morte à l'âge de vingt neuf ans à Auschwitz.

Les écrits d'Etty Hillesum Edition intégrale. Seuil.

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