Il paraît que les propos décoiffants de Micheline Calmy-Rey ont été mal interprétés. Tant mieux, car pourquoi diable une majorité –encore hypothétique- de femmes au Conseil fédéral ne pourrait-elle pas représenter le peuple suisse quelques temps? Une exclusivité d’hommes s’en est bien chargée 130 ans durant ! Il faut dire que « le peuple suisse » était lui aussi purement masculin… jusqu’en 1971 ! L’autre moitié de la population n’avait tout simplement pas droit de cité.
Quarante ans après, si d’aventure une majorité de femmes venaient à gouverner ce pays –de manière transitoire, soyez-en convaincu-e-s !-, en quoi friserait-ce le scandale ? Surtout que, pour faire contrepoids, resteraient les 71% de députés masculins au Conseil national et les 83% de sénateurs mâles… Sans oublier l’omniprésence de ces Messieurs dans les hautes sphères économiques, médiatiques et artistiques : l’inégalité n’y tient hélas pas qu’à un cheveu !
Et quand on voit combien les femmes sont promptes à faire leurs les revendications des hommes (pensons entre autres au relèvement de l’âge de la retraite soutenu par les femmes de droite, ou à la proposition d’une femme UDC de supprimer les bureaux de l’égalité), ces mêmes hommes, n’ayez crainte, trouveraient encore des alliées parmi Mesdames les ministres…
Mais pourquoi, dites-le moi, crier à l’inégalité dès que celle-ci lèse –ou est censée léser- des hommes ? Pourquoi, par exemple, s’indigner qu’ils prennent leur retraite un an après, quand on accepte sans broncher qu’ils gagnent 19% de plus pendant toute leur vie active ? Et pourquoi, dans la meute des antiféministes, sont-ce les femmes qui crient le plus fort ? J’en ai les cheveux qui se dressent.
Il est aussi une catégorie de questions « spécial femmes », qui ne se posent jamais face à un collège à dominante masculine, du style : « Sauront-elles collaborer ? Ne se crêperont-elles pas le chignon ? »… C’est vrai que les hommes n’ont pas de chignon, mais sont-ils pour autant unis par une entente irréprochable ? Et collaborent-ils si bien que jamais, non jamais, on ne les soupçonnerait de se tenir mutuellement par la barbichette ?
Ce sexisme persistant a quelque chose de rasant. De rageant, aussi. N’est-il pas temps, en 2010, d’ébouriffer un peu tout le monde et de changer enfin d’époque ?
Maria Roth-Bernasconi, conseillère nationale




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