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Et que vogue la gondole!

ETIENNE DUMONT | 09:38  Chaque jour, un clin d'oeil à la petite actualité féminine de la planète.






| 29-06-2009 | 09:38

Il existe ce qu’on appelle des «bastions masculins». La direction des grandes banques, les Chicago Bulls, les clubs anglais, les camions d’éboueurs ou le championnat du monde des poids lourds ont ainsi peu contribué à l’épanouissement du sexe qu’ont dit «beau», avec tout ce que cela suppose de commisération affectueuse.

 

Il arrive aujourd’hui souvent que ces bastions tombent, comme toute citadelle qui se respecte. Ce fut en Suisse le cas du Conseil fédéral, des Landsgemeinde ou plus prosaïquement des poseuses de contraventions. En Allemagne, même la Philharmonie de Berlin a dû finir par céder, après des péripéties qui tiennent davantage de la fanfare de village que de la grande musique. Faute de présidente (Madame Royal n’est jamais devenue dans le cirque politique Madame Loyal), la France a tout de même eu une première ministre. Et tant pris si Madame Cresson s’est vite retrouvée dans les choux.

 

Et l’Italie? Eh bien un fantastique pas vient d’être accompli. Depuis vendredi dernier, Venise connaît sa première gondolière. «Giorgia Boscolo a mis fin à un monopole masculin de neuf siècles.» Pour y arriver, la dame aura dû ramer. Il lui a fallu passer un examen. Il y avait 22 places disponibles. Elle a obtenu la vingt-deuxième. Notez qu’elle n’était pas la seule candidate. Les deux autres se sont vues recalées. Comme on disait en Suisse pendant la guerre pour les réfugiés, «la barque est pleine.»

 

Giorgia pouvait il est vrai se targuer d’un avantage. Cette fille de 23 ans a un père dans le métier. «J’ai toujours été amoureuse des gondoles, à la différence de mes trois sœurs et je préférais voguer avec mon père plutôt que de sortir avec des amis», a déclaré l’intéressée, dont les médias transalpins ont vite fait une mini-star. Le père se prénomme Dante. Vous voyez que nous restons dans les traditions.

 

Mais ne faut-il pas beaucoup de force physique pour faire passer à travers les canaux la mince embarcation noire? Moins qu’on ne le croit. «Avec l’expérience, on fait moins d’efforts et ma fille possède beaucoup d’expérience», a fièrement déclaré Dante.

 

Giorgia mettra donc ses talents au service des touristes. Elle arrive à un moment où la profession se trouve un peu en crise. Il n’existe depuis longtemps plus de gondoles privées. La «dogaressa» Peggy Guggenheim (celle du musée) fut sauf erreur la dernière à entretenir la siennes dans les années 1960. Les rameurs sont depuis condamnés à traquer le touriste. Certains ont tant abusé sur les tarifs que la traque devient difficile.

 

Mais, à Venise, le «vaporetto» public lui-même ne devient-il pas ruineux?


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