Histoire de redonner de la vertu à l’affligeant combat de milliardaires devant la justice, Bertarelli tente de nous chatouiller la fibre nationaliste. Le sport est le premier bastion du patriotisme, vient-il de déclarer le plus sérieusement du monde.
Un rien saugrenu, venant de lui, ça gêne aux entournures. Pour ne pas dire que ça en froisse certains, une telle profession de foi. Bref, malgré ses efforts, le bel Ernesto ne les fait pas vibrer. Mais alors là, pas du tout.
Normal, ce n’est pas Federer. Parce que Sa Grâce infinie, c’est du Suisse pur sucre. Noueux et brave. Qui le clame haut et fort. Le phénix ne lit que les journaux suisses, n’a que des potes suisses, aime la fondue, les saucisses et le chocolat suisses. Et il est fier d’aider les marques suisses. Qui le lui rendent bien. Je ne sais pas si vous avez vu la nouvelle déclinaison de la pub Rolex. On a l’impression que les pépettes lui sautent dans la poche à chaque coup de raquette. Cela ne l’empêche pourtant pas de rester un modeste multimillionnaire. Ce qui, avouez-le, nous le rend infiniment plus proche que Bertarelli…

En revanche, je dois reconnaître que Rodgeur n’a pas la générosité d’Ernesto. Nous la jouant carrément Club Med, le GO du spi helvétique veut nous donner du soleil, et lance un vibrant appel à la fête pour célébrer la future victoire de son rafiot. Ne manque plus que les nanas.
Je me moque, mais j'ai tort. Car une chose est sûre. En dehors de nos deux arbres qui cachent la forêt, on n’a pas trop l’occasion de bronzer avec nos sportifs à la noix. Notamment avec les footballeurs zurichois qui se sont laissé atomiser mardi soir à Marseille.

Zurich et Marseille à l'action, enfin surtout Marseille!
Je ne sais pas pourquoi, mais ça m’a donné un avant-goût amer de ce qui nous attend au Mondial d’Afrique du Sud. Peut-être à cause du superspécialiste de la TSR, qui avait étourdiment misé depuis le début sur un succès des Helvètes. Les doigts dans le nez de surcroît. Alors que des Béotiens comme vous et moi n’avions pas mis long à remarquer que ça n’allait pas le faire.
Il est vrai qu'ils avaient des excuses, les malheureux. En effet, outre l’arbitre, l’autre principal responsable de cet échec, c’est leur entraîneur, Bernard Challandes. Décidément pas un cadeau, le boss. Vous n’êtes pas là pour vous faire plaisir avait-il sottement décrété avant le match. Reçu cinq sur cinq. Parce qu’il y en a sous les crânes dans le monde du crampon! Du coup ses ouailles n’ont eu de cesse que d’être agréables à leurs adversaires. Quatre minutes ne s’étaient pas écoulées qu’un altruiste marquait contre son camp, tandis qu’un autre se blessait exprès tout seul. Dès lors, c'était fatal, une heure et demie plus tard, l’ensemble finissait au-delà de la honte.

Bernard Challandes, l'as des as.
Notez que c'est un peu l’originalité de nos footeux. Leurs victoires, parfois crapoteuses, peuvent prêter à controverse. Mais leurs défaites, souvent éclatantes, ne souffrent jamais la moindre discussion.






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