Valérie Boagno célèbre avec bonheur le temps des femmes | Les Quotidiennes

19/11/2008 18:33
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Valérie Boagno célèbre avec bonheur le temps des femmes

MEDIA | 06:00  Le monde de la presse romand la connaît bien, cette grande et joyeuse rousse, mais le public moins. Pourtant, Valérie Boagno, aujourd'hui directrice ajointe du quotidien Le Temps, oeuvre depuis des années au sein des médias romands. Et fête ce lundi les dix ans du journal en le confiant entièrement à des femmes.




Valérie Boagno, une des femmes les plus haut placées dans la presse suisse. (Photo Laurent Guiraud)


Madeleine von Holzen | 01-02-2008 | 06:00

Il était une fois une petite fille, née d'un papa italien et d'une maman vaudoise qui tenaient une épicerie. A douze ans, Valérie rêvait de devenir journaliste. Elle enregistrait des émissions de Temps Présent sur son cassettophone puis les recopiait dans un cahier. Quelques années plus tard, alors qu'elle aurait voulu faire des études, elle dut commencer à travailler pour gagner sa vie. Elle débuta comme secrétaire réceptionniste dans une agence de pub. Un jour, elle rencontra un certain Jacques Pilet qui, toujours à l'affût de nouveaux talents, lui proposa de travailler pour lui et ses cahiers de l'Hebdo.

 

Dans sa petite Autobianchi noire, la jeune fille sillonna la Suisse romande pour vendre des annonces. Elle s'amusa bien, même si les fins de mois n'étaient pas toutes drôles. Elle travailla dur, changea de média plusieurs fois, apprit le marketing. La jeune fille vécut ensuite la naissance d'un Nouveau Quotidien, sa mort, puis la naissance d'un autre journal qui fut appelé Le Temps. Un jour de 2004 elle devint directrice adjointe de ce journal, puis, deux ans plus tard, présidente de Presse Suisse, l'organe faîtier des éditeurs suisses. Aujourd'hui Valérie Boagno fête le dixième anniversaire de son journal, en confiant ses colonnes à 60 femmes romandes. Elle est heureuse.

 

«Comblée», pour reprendre ses propres termes. Il y a eu des moments durs, forcément. La fusion des deux titres qui ont donné naissance au Temps, les licenciements, les peurs. Les chiffres noirs tardant. La chute de la publicité en 2001. Mais pour celle qui a «tout fait sauf le contenu», le bonheur de créer, de la couleur de la moquette au choix de la typo, prédomine.

 

«Il n'y a que des questions qu'il faut transformer en réalité et en solutions.» Tout ce qui peut contribuer à faire connaître, reconnaître, vendre la marque de son journal. «Jean-Jacques Roth est responsable de réaliser le meilleur quotidien qui soit, je suis responsable de le mettre en valeur le mieux possible.» Une direction bicéphale qui semble avoir beaucoup d'avantages, dont celui de faire nécessairement collaborer le contenu et le marketing.

 

Elle peut voire rouge au volant de sa voiture si on la klaxonne inutilement, mais Valérie Boagno est une personne calme, au parler lent. «Plus on est sollicité, plus il faut être posé», explique-t-elle. «Il y a 36 raisons de finir à l'hôpital tous les jours! J'ai appris à être zen, à faire les choses avec moins de précipitation.» Une sérénité également liée à la rentabilité, acquise en 2004, du journal. «La reconnaissance pacifie, calme les doutes.»

 

Réunir les gens

De son enfance nomade entre le Tessin et divers endroits de la Suisse romande, elle a gardé cette nécessité d'aller vers les gens et de les réunir. Ce qu'elle fait aussi dans sa fonction de présidente de Presse Suisse. «On peut faire beaucoup individuellement, mais qu'est-ce qu'on est plus forts ensemble!»

 

Son rêve d'être journaliste ? «C'est dans cet univers que je voulais travailler, pas dans cette fonction» affirme la fille de commerçants. «Je souffrirais paradoxalement d'un manque de liberté.» La stratégie, la vente, les concepts, le marketing lui plaisent, elle qui a toujours autant aimé les chiffres que les lettres. Ainsi que le fait de savoir des choses à ne pas dire.

 

Valérie Boagno est une des femmes les plus haut placées dans la presse suisse. Pour elle «le pouvoir, c'est l'action.» Comme celle de confier les colonnes de son journal, ce dimanche, à 60 personnalités féminines. Parce que, études, faits et chiffres à l'appui, «rien n'a autant marqué notre temps ces dix dernières années que la présence des femmes à tous les leviers de commande.» Le slogan était tout trouvé: «Les femmes font le Temps.»


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