Michèle Piccard, pétillante co-pilote des rêves de son mari | Les Quotidiennes

08/01/2009 15:17
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Michèle Piccard, pétillante co-pilote des rêves de son mari

PORTRAIT | 06:00  On la croit volontiers discrète femme au foyer dans l’ombre de Bertrand, son mari. Elle accepte de raconter sa réalité. Très loin de ces préjugés.






Madeleine von Holzen | 02-05-2008 | 06:00

Dans la cuisine, un tableau contemporain brille contre le mur blanc. Deux immenses «B», noir et orange, sur fond alu. « B pour Bertrand, pour Breitling, ou encore pour Orbiter », sourit la jeune femme qui nous reçoit. Nous sommes bien chez les Piccard, au-dessus de Lausanne, et le tableau est un morceau du ballon qui a fait le tour du monde, au-dessus du brouillard qui masque la vue sur le lac. La toile fait désormais partie de la dynastie de records. «Je trouvais que c’était le meilleur endroit pour l’accrocher.» Le lieu est serein, calme. Les trois filles du couple, adolescentes, sont à l’école.

 


Electron libre

Sur la table du salon, quelques dossiers. Non, Michèle Piccard n’a pas de bureau attitré. Elle aime bouger, travailler ici, chez elle, ou dans les locaux de Solarimpulse à l’EPFL, ou encore au bureau de Bertrand, lorsque l’on a besoin d’elle. La jeune femme se définit elle-même comme un « électron libre », pour le compte toutefois du tour du monde en avion solaire que veut faire Bertrand et son équipe. Pas toujours évident, d’ailleurs, d’être prise au sérieux dans ces conditions, raconte-t-elle. «Dès que l’on n’a plus de bureau et d’horaire fixe, aux yeux des autres, on a le statut de mère au foyer.»

 

C’est fou le nombre de préjugés et de clichés, dit-elle. «On me pose toujours les deux mêmes questions à propos de Bertrand: comment acceptez-vous et comment supportez-vous? Comme si, parce qu’on est un couple, je n’avais pas de vie propre.» Sa réponse : «Fausse question. Les projets se construisent ensemble.» Il ne s’agit ni pour elle de lui donner la permission, ni pour lui d’imposer.

 

 

Le couple, formé avant même les bancs de l’uni, a appris à communiquer, sans craindre les échanges vifs. Il y a trente ans, ils faisaient des tours en ULM, campaient à la belle étoile et passaient des heures à débattre. Aujourd’hui, Michèle est fière de dire qu’elle «soutient» Bertrand et non qu’elle «supporte». Elle n’a pas honte, bien au contraire, d’avoir choisi de travailler avec lui. Des justifications ? Elle explique, sans chercher à convaincre, elle qui a refusé tellement d’interviews parce qu’elle n’a pas envie de «se mettre en avant».

 

 


"C'est vrai, l’idée même de chercher un sponsor, tout au début, vient de moi"

 

La douce brune serait-elle une femme de l’ombre ? Michèle Piccard ne cherche pas une place particulière, mais aime visiblement parler de son métier, le marketing. Elle découvre cette branche à l’uni alors qu’elle étudie les sciences politiques, et elle «adore». A tel point qu’elle négocie, du haut de ses 21 ans, dans le bureau du doyen, le moyen de faire une licence HEC en deux ans, juste après sa première licence en sciences politique. Le doyen accepte: grande première à l’université de Lausanne, la petite Rathle, fille d’une famille libanaise, avait réalisé un master avant l’heure, elle était devenue politologue et économiste.

 

Déjà amoureuse du jeune médecin Bertrand, Michèle s’embarque alors dans l’horlogerie, en route pour la Chaux-de-Fonds. Elle est engagée chez Ebel au début de l’aventure: c’est elle qui met sur pied le département de communication publicitaire. Elle collabore avec bonheur au développement de la marque pendant douze ans. Ce sont les grandes années, les montres cartonnent et le patron Pierre-Alain Blum est la coqueluche de la presse économique. Les filles naissent, elle travaille, Bertrand construit son rêve. «Il voulait traverser l’Atlantique, il fallait trouver deux mois de salaire, le manque à gagner que nous coûterait l’aventure.»

 

Encore un café? Elle se lève. Après une heure de discussion, le constat est lâché. Oui c’est vrai, l’idée même de chercher un sponsor, tout au début du parcours d’explorateur de Bertrand Piccard, vient d’elle. L’idée ensuite de chercher dans l’horlogerie, et de s’adresser à Breitling vient d’elle aussi. Michèle Piccard a ouvert les premières portes et rendu réels les rêves de son époux. La mère de famille est devenue «event manager». Elle s’amuse.

 

 

Et elle pimente avec l’anecdote : «Lorsque j’ai dit à Bertrand qu’il fallait trouver un sponsor, il m’a défié en disant, eh bien, sponsorise-moi! Réponse de Mme Piccard, cheffe de la communication d’Ebel: «Un type dans un ballon volant au-dessus de l’Atlantique ...ce n’est pas pour notre public-cible!» Le profil de Bertrand correspondait plus à Breitling. Un petit contrat, «environ 15’000 francs», une première réussite et des retombées médiatiques qui ont posé les bases de toute la suite.

Alors pourquoi a-t-elle choisi de quitter sa carrière dans l’horlogerie ? Lorsque le projet de tour du monde en ballon a commencé à prendre de l’ampleur, «j’ai réalisé que je mettais mon énergie au mauvais endroit.» Son employeur était en posture délicate, ses filles grandissaient, son mari décollait. «Lorsque j’ai compris qu’il allait échouer parce que nous n’avions pas obtenu l’autorisation de voler au-dessus de la Chine, j’ai pris ma décision.» Il était alors dans le ciel, elle a décidé de soutenir son projet, et de l’ancrer dans la terre.

 

Se faire confiance

«On a toujours peur de ne pas pouvoir reprendre une place sur le marché du travail. De perdre de la valeur. A un moment donné, il faut se faire confiance. Je me suis dit que je serais meilleure, riche de cette nouvelle expérience.» Et elle reçoit aussi beaucoup, dit-elle. « Lorsque j’ai vu revenir Bertrand, son regard était différent…je savais qu’il allait m’ouvrir à d’autres horizons » Un tour du monde en ballon, tout de même.

«Il ne faut pas oublier de parler d’Omega», ajoute-t-elle voyant le temps passer. Professionnelle de la communication? Son engagement actuel est centré sur Solarimpulse, cet avion solaire qui doit faire le tour du monde, et elle ne l’oublie pas. La communication, l’image et l’identité du projet, elle y participe. Plus mille autres choses inofficielles, sur lesquelles elle porte son regard critique et sans complaisance. Un rôle essentiel, compte tenu des impératifs de communication du projet. Bertrand entre dans la pièce, il a besoin de Michèle. «Je peux lui demander de regarder ce texte ? Nous devons l’envoyer.» «Valeurs partagées», je ne suis pas sûr, dit-il. Si, si, c’est bien, assure-t-elle. Valeurs partagées.


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