Les futurs parents, cibles de nouveaux emplois
NAISSANCES | 06:00 Négligées par le corps médical, de plus en plus de mères se tournent vers des "doulas". L'académie française de médecine s'inquiète.
cd | 19-06-2008 | 06:00
L'Académie nationale française de médecine s'inquiète de l'émergence des "doulas", ces femmes qui accompagnent les futures mamans lors de la grossesse et de la naissance.
Dans un rapport présenté lundi 16 juin, selon ces experts, "l'immixtion de personnes insuffisamment formées dans le déroulement de la grossesse et de l'accouchement peut représenter un danger".
Apparues il y a une trentaine d'années, les doulas sont un phénomène venus tout droit des Etats-Unis. Ni sages-femmes, ni médecins, ces femmes se présentent comme des sortes de "coach" de grossesse et suivent les mères du début de la gestation jusqu'aux suites de couches.
Soutien moral, conseils, exercicess de relaxation, massages, lien avec le personnel médical, chaque "Doula" propose ses compétences aux futurs parents. A en croire le quotidien français Le Monde, au-delà de "l'évolution de la société" et de "l'engouement pour le coaching", le rapport de l'Académie de médecine pointe "l'éloignement des structures" d'accouchement, non compensée par un renfort de personnel.
Les experts ajoutent que les progrès médicaux ont engendré "une médicalisation considérée comme excessive et mal supportée par certaines mères", tout en précisant que la sortie précoce de maternité "laisse les accouchées souvent seules et désemparées". Un boulevard pour l'entrée en scène des "doulas". L'académie met en garde les futurs parents contre une éventuelle dérive sectaire et les conséquences d'un secteur qui fixe lui-même ses règles.
Pour pallier aux insuffisances du secteur médical, l'Académie demande plus de sages-femmes disponibles, au sein des hôpitaux ou a domicile.
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Droit de réponse
On assiste effectivement à l'émergence de cette nouvelle profession, doula. Ce n'est pas un hasard, puisque la médicalisation de la naissance atteint des sommets jamais égalés. Les futures mères cherchent des réponses, et la doula en est une parmi d'autres. Mais la nouveauté fait peur, comme toujours. Pourtant, la doula n'est en rien menaçante, et on peut facilement s'en rendre compte si on prend la peine de s'informer sur ce qu'elle fait vraiment, et surtout sur ce qu'elle ne fait pas.
La doula accompagne le couple uniquement en parallèle d'un suivi médical, fourni par une sage-femme ou un médecin. En salle d'accouchement (et elle n'y va pas forcément, seulement si les parents le souhaitent et si l'équipe médicale est d'accord), elle sait se faire toute petite et son but est d'abord de favoriser une bonne relation entre la parturiente et la sage-femme.
Les "conséquences" sont plutôt positives, si l'on en croit les sage-femmes, trop rares encore, qui ont choisi de tenter l'expérience. Bien sûr, l'idéal serait qu'il y ait beaucoup plus de sage-femmes en maternité, mais pour le moment ce n'est pas le cas.
Des études menées par des médecins aux USA ont démontrés les bénéfices apportés par la présence continue d'une doula pendant le travail (Continuous emotional support during labor in a US hospital. A randomized controlled trial (1991).Kennell J, Klaus M, McGrath S, Robertson S, Hinkley C. JAMA 1991 May 1;265(17):2197-201 Department of Pediatrics, Case Western Reserve University, Cleveland, OH. )
Il est plus que temps de remettre les besoins essentiels de la femme et du bébé à naître au coeur des préoccupations. Que l'académie française de médecine mette en oeuvre des moyens pour résoudre ce problème dont elle semble avoir conscience ("une médicalisation considérée comme excessive et mal supportée par certaines mères"), plutôt que de se rendre coupable de diffamation. Il est totalement injuste et infondé de parler de dérive sectaire.
Accompagnement d'une femme enceinte.
A l'heure où l'on parle des utérus porteurs, il est bon de rappeler qu'une femme enceinte vit une expérience de vie extraordinaire sur tous les plans. Si la médecine académique s'occupe du système gynécologique - et elle est très bien formée pour cela - bien d'autres dimensions des êtres humains concernés par la formation et le développement du "petit d'homme" sont peu voire pas abordées. Maintenant que le clan n'est quasi plus présent pour instruire la femme, il vaut la peine que cette place soit dévolue à des praticiens ad hoc. En Suisse, les femmes n'ont pas attendu la mode des Doulas pour s'adresser à des thérapeutes qui les soutiennent et les accompagnent à travers les péripéties multiples et variées d'une grossesse.
Si "la préparation à l'accouchement sans douleur" reconnue en médecine conventionnelle était grandement efficace, nous n'aurions pas autant recours aux anesthésies péridurales!